MALTA FILES ENQUÊTE
Des milliards d’euros évaporés
19 MAI 2017 PAR YANN PHILIPPIN
Paradis fiscal méconnu qui préside jusqu’en juin l’Union européenne, la petite île de Malte (430 000 habitants) prive les autres pays de 2 milliards d’euros de recettes fiscales par an, selon une enquête de Mediapart et l’EIC.
Il y a eu la Suisse, le Panama, l’Irlande et le Luxembourg. C’est désormais au tour de Malte de voir ses pratiques fiscales déloyales exposées au grand jour. La petite île méditerranéenne a l’honneur d’assurer, jusqu’au 30 juin, la présidence tournante de l’Union européenne pour la première fois de son histoire. Ce paradis fiscal méconnu prive pourtant les pays étrangers, en particulier ses partenaires européens, d’au moins deux milliards d’euros de recettes fiscales chaque année.
Mediapart et ses partenaires du réseau de médias European Investigative Collaborations (EIC) démarrent ce vendredi 19 mai la publication des Malta Files. C’est le coup d’envoi de deux semaines de révélations fondées sur plus de 150 000 documents confidentiels. Pendant quatre mois, 49 journalistes issus de 13 médias ont enquêté sur les sociétés offshore de l’île, entre optimisation et évasion fiscales, mais aussi corruption et blanchiment.
Les Malta Files sont constitués de deux ensembles de documents. Le premier, obtenu par l’hebdomadaire allemand Der Spiegel, comprend des dizaines de milliers de documents internes (mails, contrats, relevés de comptes…) d’un cabinet fiduciaire maltais spécialisé dans l’immatriculation et l’administration de sociétés. Le second, obtenu par le site d’information roumain The Black Sea, est un tableau Excel qui comporte l’ensemble des données du registre du commerce maltais, soit 53 247 sociétés au 20 septembre 2016.
Si le registre du commerce maltais est public, il reste néanmoins peu transparent, puisqu’il est impossible d’y faire des recherches par nom. Grâce au tableur des Malta Files, les journalistes de l’EIC ont pu décortiquer la liste des 77 818 personnes et entreprises qui sont directrices ou actionnaires de sociétés maltaises, dont 1 291 citoyens français. Sans compter ceux qui se cachent derrière des prête-noms.
On y trouve de grands chefs d’entreprise (voir notre première enquête ici), des multinationales (Bouygues, Total, BASF, Ikea…), des banques (Reyl, JP Morgan), un acteur célèbre, les fondateurs d’une grande maison de luxe, la famille d’un important chef d’État étranger, des mafieux en quête de discrétion, la fille du président angolais Isabella dos Santos, ou encore la sulfureuse compagnie pétrolière d’État de l’Azerbaïdjan. Sans oublier une foule hétéroclite d’anonymes, de la danseuse de tango aux patrons de PME, en passant par des éleveurs de chevaux et des consultants. Lire la suite.