« Procès libyen » en France : une étrange chambre forte louée pendant la campagne présidentielle de Sarkozy

Mardi 18 février 2025

En 2007, le directeur de campagne de Nicolas Sarkozy, alors candidat à la présidentielle en France, loue un coffre-fort de la taille d’un homme en plein cœur de Paris. La solution « la plus simple » pour stocker des « documents confidentiels » qui « s’accumulaient », a-t-il affirmé lundi au procès devant faire la lumière sur le financement libyen de la campagne du futur président français.

Agence France-Presse 17 février 2025 à 20h56

En 2007, le directeur de campagne de Nicolas Sarkozy, alors candidat à la présidentielle en France, loue un coffre-fort de la taille d’un homme en plein cœur de Paris. La solution « la plus simple » pour stocker des « documents confidentiels » qui « s’accumulaient », a-t-il affirmé lundi au procès devant faire la lumière sur le financement libyen de la campagne du futur président français.

Entre le 21 mars et le 31 juillet 2007, Claude Guéant s’est rendu à sept reprises dans une chambre forte louée dans une banque BNP Paribas de la capitale française.

Pour l’accusation, elle a servi à entreposer les espèces transmises par le dictateur libyen Mouammar Kadhafi afin de financer la campagne de Nicolas Sarkozy et remises dans des valises par l’intermédiaire Ziad Takieddine.

Rien à voir selon Claude Guéant, 80 ans. S’il a loué le coffre, c’est parce qu’il lui est « apparu » qu’il gardait dans son armoire, au QG de campagne, « des documents qui présentaient une sérieuse confidentialité » et qu’il était peu à peu « envahi par les documents qui s’accumulaient ».

Il dit y avoir déposé l’équivalent d’« une petite cantine » et y être allé le 23 mars, puis le 9 mai et deux fois en juillet, soit après le second tour - « on voit bien que je n’ai pas puisé dans les prétendues espèces pour alimenter la campagne ! ».

Pourquoi ne pas avoir placé un petit coffre au QG, s’étonne la présidente du tribunal, Nathalie Gavarino. « Ca m’a semblé plus simple ». Pourquoi paie-t-il les 490 euros de frais sur ses deniers personnels ? « Ca m’a paru plus simple ».

Interrogé sur la nature des documents, il évoque un « dossier » sur la « mise en cause injustifiée » de Nicolas Sarkozy pour des travaux dans son appartement parisien, mais aussi « la composition idéale du gouvernement » ou encore « des notes ».

Claude Guéant a aussi déclaré y avoir stocké « des discours ». « Je ne comprends pas très bien comment un discours de M. Sarkozy de 2005 ou 2006, on a besoin de le mettre dans un coffre », souligne la présidente. « Il fallait bien que je les range quelque part, alors je les ai rangés là », répond benoîtement Claude Guéant.

Une solution « bien compliquée » pour des discours qui étaient, en plus, « publics », insiste la magistrate.

« M. Guéant ne m’a pas informé qu’il louait ce coffre. Mais s’il avait eu quelque chose à cacher de frauduleux, est-ce que c’est raisonnable de réserver un coffre à son nom dans la première banque d’Europe ? », a lancé à l’audience Nicolas Sarkozy, sous bracelet électronique.

Par ailleurs, la défense de M. sarkozy a demandé lundi au tribunal qu’une expertise soit ordonnée afin d’authentifier un enregistrement reçu d’un émissaire anonyme, qui serait celui d’une conversation entre l’ancien président et le dictateur libyen Mouammar Kadhafi en 2007.

Il y a un mois« , la défense »a reçu un courriel« à son cabinet avec cet enregistrement, dans lequel deux hommes qui semblent être Nicolas Sarkozy et Mouammar Kadhafi parlent, via leurs interprètes, de la place de l’Afrique au sein des Nations Unies, a déclaré Me Christophe Ingrain.

Aucune mention d’un financement donc, mais pour l’avocat, cela »confirme que Mouammar Kadhafi enregistrait bien ses conversations« et que ces enregistrements »n’ont pas été détruits" pendant la guerre en Libye.

Le débat sur cette expertise a été reporté à mercredi, afin que toutes les parties puissent entre-temps écouter l’enregistrement en question.

alv/asl/mpm/dth

Agence France-Presse

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