Par Philippe Coste correspondance à New York Publié aujourd’hui à 6h42
Il y a un monde entre Moscou, le calvaire de l’Ukraine et ce bout de la route 17 au nord-ouest de Manhattan. Aux yeux des milliers d’automobilistes qui traversent chaque jour cette enfilade de centres commerciaux pour rejoindre leurs banlieues du New Jersey, l’enseigne Lukoil, avec sa petite goutte de pétrole en guise de « O », n’est qu’un repère anodin et familier.
De la Pennsylvanie à l’État de New York, plus de 200 stations-service du premier groupe pétrolier privé russe jalonnent toujours le lacis d’autoroutes du nord-est du pays comme autant de vestiges des ambitions mondiales de feu la « nouvelle Russie » des années 2000.
Ces commerces en franchise, souvent tenus par des familles immigrées, sont aujourd’hui les otages d’un logo de pestiféré. Leur essence provient non de l’Oural mais de banales raffineries américaines et pas un dollar de leurs tiroirs-caisses ne repart jamais vers la Russie.
Mais depuis 2022 et l’invasion de l’Ukraine, des pompistes pakistanais ou bangladeshis subissent des boycotts réguliers et des manifs sauvages devant leurs commerces. Malgré les exceptions aux sanctions infligées depuis 2025 au groupe Lukoil par les Etats-Unis et l’Union européenne, ils pâtissent du fréquent blocage des paiements par cartes de crédit des clients ou du gel de leurs virements par les ordinateurs des banques. On ne s’étonne donc pas qu’ils attendent comme une libération l’issue des tractations entre Washington et Moscou pour la revente de l’empire Lukoil. Lire la suite.