Donald Trump n’est jamais en retard d’une trahison lorsque les valeurs qu’ont longtemps défendues les Etats-Unis sont en jeu. L’accord annoncé le 9 octobre avec Vladimir Poutine, concernant la livraison de milliers de tonnes de gazole russe, dans l’espoir de limiter les pertes redoutées par les républicains aux élections de mi-mandat, le 3 novembre, parvient pourtant à franchir un nouveau seuil.
Il constitue en effet une violation de la lettre et de l’esprit de deux lois votées par le Congrès, dont une inspirée par l’un des proches du président américain, le sénateur Lindsey Graham, disparu en juillet, promulguée il y a moins d’un mois. Accompagnée du vœu de voir le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, renoncer à ses fonctions, cette annonce montre que la politique de Washington concernant l’Ukraine est désormais dictée par Moscou. Que le parti qui fut celui de Ronald Reagan s’en accommode, à de rares exceptions près, dit l’ampleur de la débâcle.
A ce possible financement de la machine de guerre russe par les Etats-Unis, première puissance pétrolière mondiale, s’ajoutent l’alarmante interruption, ces dernières heures, du partage du renseignement américain avec l’armée ukrainienne, permettant d’anticiper les frappes russes, ainsi que le ralentissement temporaire du système de communication militaire reposant sur la constellation de satellites du dirigeant de SpaceX, Elon Musk, qui s’est défaussé sur le Pentagone. Autant de signaux troublants, alors que se déchaînent les bombardements russes meurtriers visant les infrastructures civiles ukrainiennes à la veille de l’hiver.
[…] Depuis des mois, les Européens tergiversent à propos de l’usage qu’ils pourraient en faire. Une position légaliste a prévalu jusqu’à présent, les pays européens estimant que saisir ces avoirs constituerait un précédent dangereux. Donald Trump ne cesse pourtant de faire la démonstration que ménager Vladimir Poutine ne conduit nulle part. Les navettes de ses émissaires personnels ont toutes été vaines parce que le locataire de la Maison Blanche n’a jamais osé construire un rapport de force avec le maître du Kremlin.
Les réticences européennes ont été alimentées par celles de la Belgique, où se trouve l’essentiel des actifs russes, regroupés au sein d’Euroclear, une institution financière de dépôt basée à Bruxelles. Pour éviter que la Russie fasse pression sur Euroclear et sur les autorités belges, les pistes ont émergé. La plus prometteuse, actuellement défendue par des eurodéputés, consisterait à transférer les comptes russes, actifs comme passifs, au niveau de l’Union européenne (UE). Lire la suite.