Les fantômes de l’affaire Lafarge #1 : Ceux qui vont s’en tirer

Lundi 4 mars 2024

Coup sur coup, ce début d’année à Paris, la Cour de cassation a rejeté un pourvoi de Lafarge pour valider les poursuites judiciaires pour « crimes contre l’humanité » et le Parquet national antiterroriste (le PNAT) a tracé un réquisitoire qui annonce un procès pour une partie de ses dirigeants. Par ses implications, l’affaire de l’usine de Jalabiya est mondiale. Aux Etats-Unis, le cimentier a été condamné et une nouvelle procédure est en cours. Pour le premier volet de cette série, Blast lance son enquête depuis Bruxelles où la justice s’apprête à blanchir GBL, le groupe du milliardaire Albert Frère, premier actionnaire de Lafarge jusqu’au rachat par le Suisse Holcim en 2015. Nos documents montrent comment des coupe-circuits ont été activés pour concentrer les soupçons sur la filiale syrienne. Et édifier un mur de béton qui arrangeait aussi l’Élysée et les services de renseignement français, soucieux de surveiller l’État islamique. Révélations.

[…] Jalabiya, pion stratégique

Retenez cette date du 7 avril 2014… Trois personnages clés sont déjà dans la place : Albert Frère, patron vieillissant du Groupe Bruxelles Lambert (GBL), une holding financière qui détient 21% de Lafarge, le milliardaire égyptien Nassef Sawiris, deuxième actionnaire en ordre d’importance, et Thomas Schmidheiny, sulfureux représentant d’une famille d’industriels suisses qui, à la tête d’Holcim, ambitionne de devenir le n°1 mondial du béton. Ensemble, Lafarge et Holcim veulent concurrencer le leader chinois du marché de la construction, le conglomérat Anhui Conch. Le futur CEO de la nouvelle entité fusionnée a déjà un nom : Bruno Lafont, aux commandes de Lafarge depuis une demi-douzaine d’années.

C’est bien connu, le ciment est difficilement délocalisable. Le Moyen-Orient émergent étant la principale terre de conquête - et de l’affrontement à venir -, il faut disposer d’unités de production opérationnelles. Chez Lafarge, on prépare la bataille commerciale depuis un bon moment. Fin 2007, la firme française a fait coup double, faisant monter à bord le roi belge de l’achat-revente Albert Frère et, dans son sillage, le copain (de la famille) Nassef Sawiris. Lire la suite.

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