Agence France-Presse 30 juin 2026 à 20h00
Vadim Ermolaev, blessé lundi par l’explosion d’un colis piégé à Monaco, est un richissime homme d’affaires originaire de Dnipro, en Ukraine, aujourd’hui visé par des sanctions de Kiev pour ses activités commerciales en Crimée, annexée par la Russie.
Cet homme de 58 ans, qui a obtenu la nationalité chypriote dans les années 2010 et réside à Monaco depuis au moins 2021, a bâti sa fortune à Dnipro, une grande ville industrielle et universitaire du centre-est de l’Ukraine, en se lançant avec succès dans le secteur du BTP.
Aujourd’hui située à une centaine de kilomètres de la ligne de front qui traverse l’est et le sud de l’Ukraine, cette capitale régionale joue un rôle clé dans la défense contre l’invasion russe déclenchée en février 2022.
Vadim Ermolaev est l’un des nombreux hommes d’affaires de l’espace post-soviétique ayant réussi à s’enrichir prestement, souvent par des moyens discutables, en profitant du chaos qui a suivi la chute de l’URSS en 1991.
Il s’est lancé dans la construction de bâtiments commerciaux et résidentiels, devenant l’un des principaux promoteurs immobiliers de Dnipro.
Son consortium, Alef, produit aussi des matériaux de construction, en particulier du béton, et a des activités dans le secteur agroalimentaire.
En 2021, l’édition ukrainienne du magazine américain Forbes avait évalué sa fortune à 220 millions de dollars et l’avait classé à la 45e place des hommes les plus riches d’Ukraine.
Ce père de quatre enfants, qui est aussi l’un des soutiens financiers de l’importante communauté juive de Dnipro, avait dit à Forbes Ukraine avoir renoncé en 2017 à son passeport ukrainien. Et ce au profit de celui de Chypre, même s’il avait précisé poursuivre ses affaires en Ukraine et s’y rendre régulièrement, y compris après 2022.
« Pourquoi ? Je veux avoir une protection internationale. La justice ukrainienne n’est, pour le moins, pas idéale et la fiscalité pas objective », avait-il déclaré à ce média pour expliquer son choix d’un passeport chypriote.
« J’aime notre Ukraine », avait-il néanmoins assuré, ajoutant : « après la guerre, je compte développer mes entreprises en Ukraine ».
- « Ambitieux » -
Dans les années 2010, l’obtention de la citoyenneté chypriote était une pratique répandue parmi les riches Russes et Ukrainiens désireux de légaliser leurs capitaux ou de les transférer vers un pays ayant un système juridique plus sûr.
Selon plusieurs médias, son avion personnel a été détruit au cours d’un bombardement russe sur l’aéroport de Dnipro.
Son fils, Artur Ermolaev, a été reconnu coupable de fraude en Estonie plus tôt cette année. Il a plaidé coupable d’avoir orchestré, depuis l’Ukraine, une escroquerie téléphonique aux faux investissements ayant permis de détourner environ 100 millions d’euros, selon les médias.
En décembre 2023, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a décrété à son encontre des sanctions pour une durée de dix ans.
Kiev l’accuse en effet de poursuivre des activités de négoce de vins et spiritueux sur la péninsule ukrainienne de Crimée, annexée par Moscou en 2014, et d’ainsi payer des impôts à l’Etat russe en pleine guerre contre l’Ukraine.
A Dnipro, un homme d’affaires interrogé sous le couvert de l’anonymat par l’AFP décrit un entrepreneur « ambitieux, parti de rien » et évoque en termes laudatifs un personnage ayant « changé le visage de la ville » grâce à de nombreux projets de construction.
Mais cette source a aussi fait état d’une réputation sulfureuse. « Il avait beaucoup d’ennemis, au point que, au fil des années, on aurait pu faire une file d’attente de gens prêts à lui tirer dessus », a-t-il dit.
« Je ne possède et ne gère aucune entreprise en Crimée. C’est juridiquement et conceptuellement impossible », contestait de son côté Vadim Ermolaev dans un entretien en 2024 avec une agence de presse ukrainienne.
Il revendiquait aussi avoir versé 83 millions de hryvnias (environ 1,6 million d’euros) pour l’effort de guerre ukrainien.
En 2022, quelques mois après le début de l’invasion russe, Vadim Ermolaev avait été aperçu à Monaco, descendant d’une Bentley, intégrant ce que la presse ukrainienne avait ironiquement surnommé le « bataillon Monaco », ce groupe d’oligarques et d’autres hommes d’affaires ayant fui les combats pour les rivages de la Méditerranée.
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