Agence France-Presse 2 octobre 2026 à 15h25
Romy Castel, fille unique du fondateur du groupe Castel, a remporté vendredi devant la justice singapourienne une victoire dans la bataille pour le contrôle de ce géant du vin français et de la bière africaine, dont l’actuel directeur général réfute la portée.
La Haute Cour de Singapour a confirmé la révocation du Suisse Gregory Clerc, directeur général du groupe depuis 2023, de son mandat d’administrateur d’Investment Beverage Business Management (IBBM), l’une des principales entités de cet empire tentaculaire aux 40.000 employés. Cette éviction, votée en février en assemblée générale, était contestée par l’intéressé.
« Cette décision met fin à huit mois d’efforts de M. Clerc pour se maintenir à tout prix au sein d’IBBM, la holding du groupe, où il ne dispose d’aucune légitimité », s’est félicitée dans un communiqué Mme Castel qui espère, en cascade, le démettre de la direction générale de DF Holding, structure luxembourgeoise chapeautant les trois principales entités opérationnelles : Castel Vins, Castel Afrique et la filiale agro-industrielle Somdia.
Mais l’entourage de M. Clerc a immédiatement répondu que cette décision « ne modifie en rien la gouvernance opérationnelle du Groupe Castel » car « IBBM n’est pas la société mère du groupe Castel » (détenu par des trusts, qu’IBBM conseille) et une démarche a été engagée pour la remplacer par « un nouveau gestionnaire de fonds professionnel, pleinement indépendant et agréé ».
Dans un communiqué, le conseil d’administration de DF Holding, et celui de sa maison-mère Cassiopée ajoutent « réitérer leur entière confiance à Gregory Clerc dans sa mission de directeur général ».
- Environnement « insoutenable » -
Depuis un an, ce bras de fer fragilise le géant mondial des boissons fondé à Bordeaux en 1949 par Pierre Castel (99 ans), qui affichait 6,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2024, fort des marques Baron de Lestac, Roche Mazet, Listel, Maison Nicolas…
Romy Castel et Alain Castel, neveu du fondateur et patron de la filiale vins, dénoncent l’accaparement du groupe par Gregory Clerc. L’ancien avocat fiscaliste de Pierre Castel assure, en retour, respecter « l’architecture » voulue « dès 1992 » par ce dernier, dissociant « détention du capital » et « gestion opérationnelle ».
Romy Castel annonce également vendredi sa nomination au conseil d’administration d’IBBM avec trois nouveaux membres « indépendants de la famille ».
Comme la Banque centrale de Singapour fin juillet, la Haute Cour s’était inquiétée dans un précédent jugement de la « vacance du pouvoir » qui entraîne « de graves conséquences pour IBBM », après les suspensions ou démissions des autres administrateurs.
En juin, le dernier en poste avait justifié son départ par la tension générée par ce conflit et un environnement de travail « insoutenable », avait indiqué la Haute Cour.
La bataille judiciaire est loin d’être terminée, d’autres plaintes pénales ayant été déposées par l’un ou l’autre des deux camps à Genève, Luxembourg ou Paris.
Le groupe est également sous la menace d’un redressement fiscal en France de plusieurs millions d’euros, jusqu’à un milliard dans sa « fourchette haute ».
Romy Castel assure, dans son communiqué, avoir pour « priorité » la « conformité fiscale », notamment « en finalisant le processus de régularisation fiscale » et « en mettant en place un siège social effectif et centralisé ».
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