Par Michaël Fœssel, professeur de philosophie à l’Ecole polytechnique Publié aujourd’hui à 6h46
En France, les débats houleux sur la taxe Zucman ont mis en avant la condition des milliardaires. Ceux-ci préfèrent d’habitude rester en arrière de la scène publique, conscients de ce que le choix préférentiel de la société française pour l’égalité peut susciter de ressentiment à leur égard. Mais on a tellement répété que les « Français n’aiment pas les riches » que les milliardaires peuvent désormais, eux aussi, adopter un discours victimaire.
Malgré les progrès récents en matière d’optimisation fiscale, il aura suffi d’un projet menaçant de taxer leurs biens à hauteur de 2 % pour voir les grandes fortunes sortir du bois et défendre leur intérêt particulier comme s’il y allait de l’intérêt général.
Si l’on veut prendre la mesure de la transformation récente des mises en scène de la richesse extrême, il faut traverser l’océan Atlantique. Contrairement à leurs homologues européens, les milliardaires des Etats-Unis ont l’habitude de parler à cœur ouvert. La croyance calviniste selon laquelle le niveau de leur fortune a à voir avec la rédemption de toute la société les autorise depuis longtemps à faire de la politique.
Pourtant, là aussi quelque chose est venu rompre la rompre la rhétorique du « Business as usual », selon laquelle, que l’administration soit républicaine ou démocrate, la politique doit se calquer sur les dogmes du capitalisme débridé. Lire la suite.