Agence France-Presse 17 juin 2026 à 18h05
Souvent critiqué pour la faiblesse, voire l’absence de son impôt sur les sociétés en France au regard de ses énormes bénéfices mondiaux, le groupe français TotalEnergies met en avant sa contribution à l’économie internationale, mais demeure au cœur du débat sur la taxation des « super-profits ».
Son PDG Patrick Pouyanné a été auditionné mercredi par la commission des finances de l’Assemblée nationale sur la fiscalité des multinationales et leurs bénéfices.
TotalEnergies paie-t-il des impôts ?
Oui. TotalEnergies le martèle, il paie beaucoup d’impôts dans le monde, environ 25 milliards de dollars en moyenne annuelle d’impôts sur les sociétés et taxes à la production entre 2022 et 2025, d’après la direction du géant pétro-gazier au chiffre d’affaires d’environ 200 milliards de dollars par an.
En 2024, les pays à qui il devait le plus d’impôts sur les sociétés étaient principalement des États producteurs d’hydrocarbures : Norvège (3,5 milliards de dollars), Nigeria (1,34 milliard), Royaume-Uni (1,3 milliard) et Angola (698 millions), selon sa documentation financière.
Et en France ?
Le groupe fait valoir que la France est le troisième pays où sa contribution fiscale est la plus élevée, derrière la Norvège et les Emirats Arabes Unis : 2,1 milliards de dollars en 2024, dont 1 milliard de charges patronales, plus des taxes diverses, selon le PDG.
Mais sa contribution à l’impôt sur les sociétés (IS) est modeste au regard de son statut de 4e capitalisation du CAC 40, l’indice phare de la bourse de Paris : 95 millions de dollars d’IS en 2024.
En comparaison, le patron du groupe de luxe LVMH, Bernard Arnault, déclarait devant une commission sénatoriale avoir déboursé 6 milliards d’euros d’IS dont « près de la moitié en France » en 2024.
Depuis 2015, TotalEnergies aura payé l’IS à six reprises, indique la direction à l’AFP, sans préciser le total.
Pourquoi si peu ?
TotalEnergies déclare payer « ses impôts dans les pays où elle réalise des bénéfices, majoritairement dans les pays producteurs où elle produit de l’énergie », à des taux parfois situés « entre 50% et 80% ». Et le principe de territorialité empêche une double imposition.
En France, TotalEnergies ne produit pas de pétrole mais exploite « des activités de raffinage et de distribution (…) structurellement peu rentables », explique à l’AFP Thomas Grjebine, économiste au Centre d’études prospectives et d’informations internationales (Cepii).
Fin 2025, la filiale Raffinage-chimie France y affichait un déficit cumulé de 5,5 milliards d’euros.
TotalEnergies fait-il de l’optimisation ?
Le groupe, qui fait l’essentiel de sa rentabilité dans l’exploration-production, met en avant son taux d’IS moyen mondial de 43 % depuis 2022, supérieur au taux français de 25%, pour réfuter toute optimisation agressive.
Mais parmi les voix critiques, l’Observatoire des multinationales, un média associatif, a récemment pointé la présence de « filiales très lucratives » liées au négoce dans des pays comme la Suisse ou Singapour, qui ne produisent pas d’hydrocarbures mais où la fiscalité est « très avantageuse ».
TotalEnergies soutient qu’il est imposé en Suisse et à Singapour à 15%, soit le taux de taxation mondiale minimal prévu par un accord de l’OCDE.
Le groupe détaille dans son rapport annuel de « transparence » ses impôts et bénéfices dans environ 70 Etats, mais ces deux pays entrent dans une catégorie « reste du monde », jugée opaque par certains économistes.
Le groupe a déclaré un quart de ses bénéfices 2024 avant impôts « dans ce "reste du monde" à la fiscalité si douce qui comprend la Suisse », a commenté l’économiste Gabriel Zucman sur « X » en avril.
Le PDG balaye toute dissimulation : le taux effectif de cette catégorie est de 18%, donc au-dessus du taux minimal, et TotalEnergies n’a pas à « révéler des données commerciales » sur ces activités de trading alors que ses « concurrents ne le font pas ».
Quid des prix de transfert ?
Les adversaires de TotalEnergies avancent que les déficits chroniques des raffineries françaises seraient liés à une manipulation des « prix de transfert » - soit les prix auxquels sont vendus les produits et services entre les entités d’un groupe.
Ainsi, les raffineries seraient ainsi « organisées pour ne rien » rapporter en impôts français, selon la députée La France insoumise (LFI, gauche radicale) Shéhérazade Bentorki.
« C’est totalement faux », a asséné le PDG de TotalEnergies, assurant que sa filiale suisse de trading « vend à nos raffineries, au prix international des produits (pétroliers) et du brut », et non à des prix artificiellement hauts.
« C’est surveillé, attesté, audité par le fisc français », a-t-il ajouté.
Contacté par l’AFP, la DGFiP assure examiner « tout mécanisme fiscal qui permet, légalement, de réduire le bénéfice imposable en France ».
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