Extradition de la cadette de Ben Ali : affaire politique ou non ?

Jeudi 27 novembre 2025

Affaire politique ou de droit commun ? Cette question a donné lieu à un échange savoureux entre président de la chambre de l’instruction et avocat général lors de la première audience mercredi à Paris sur l’éventuelle extradition vers la Tunisie de Halima Ben Ali, la fille cadette de l’ex-autocrate tunisien.

Agence France-Presse 26 novembre 2025 à 22h21

Affaire politique ou de droit commun ? Cette question a donné lieu à un échange savoureux entre président de la chambre de l’instruction et avocat général lors de la première audience mercredi à Paris sur l’éventuelle extradition vers la Tunisie de Halima Ben Ali, la fille cadette de l’ex-autocrate tunisien.

Mercredi soir, un dialogue piquant s’est en effet invité dans le cadre austère de cette chambre compétente en matière d’extradition.

« Nous devons demander aux autorités tunisiennes si cette affaire ne relève que du droit commun, pour être sûr qu’il n’y ait pas de politisation des poursuites contre Halima Ben Ali, estime l’avocat général.

 »Voilà qui me fait sourire, je parlerais même d’une certaine fraîcheur. Si la Tunisie nous dit que ce n’est pas politique, quelles conclusions tirerez-vous d’une telle réponse ?« , rétorque le président

 »Nous devons demander des garanties que la Tunisie exclue toute politisation des poursuites« , renchérit l’accusation. »Ce dossier ne fait que commencer« , dira le magistrat un peu plus tard, s’adressant à la fille cadette de Ben Ali.

C’était une première audience avant une prochaine étape le 10 décembre. L’avocat général a donc demandé des compléments d’information à adresser aux autorités tunisiennes, notamment aussi sur la prescription de certains faits reprochés à Halima Ben Ali, aujourd’hui dans sa trentaine.

Il ressort du dossier évoqué à l’audience que les autorités tunisiennes l’accusent principalement d’infractions financières qui pourraient lui valoir jusqu’à 20 ans d’emprisonnement. Il est notamment question de blanchiment de capitaux provenant des fonds liés à l’exercice du pouvoir de son père.

Son avocate, Me Samia Maktouf, a assuré que renvoyer sa cliente en Tunisie reviendrait à »une condamnation à mort« .

  •  »Envie d’être dupes« -

 »Si on a envie d’être dupes, on peut penser que la Tunisie va juger ma cliente comme une princesse« , a-t-elle poursuivi. Et d’ironiser sur le ton des autorités tunisiennes »pour rassurer« sa cliente : »Si jamais elle venait à subir des traitements dégradants ou être torturée en Tunisie, elle pourrait bien sûr porter plainte…« .

Plusieurs ONG tunisiennes et étrangères ont déploré une régression des droits et libertés depuis 2021.

Ahmed Souab, un avocat respecté, a été condamné fin octobre à cinq ans de prison pour avoir critiqué le système judiciaire.

Plus de 2.000 personnes, militants associatifs et politiques ou simples citoyens, ont défilé récemment à Tunis pour la défense des libertés politiques.

 »Ma cliente n’a jamais commis de crime ou de délit et a quitté la Tunisie alors qu’elle était encore mineure« , à 17 ans, avait lancé l’avocate au moment de l’interpellation de sa cliente fin septembre à Paris à la demande des autorités tunisiennes. »On cherche à se venger de l’ancien chef d’Etat, son père, à travers elle", insistait encore l’avocate.

Halima Ben Ali, qui vivait et travaillait à Dubaï, allait prendre l’avion pour rentrer chez elle après un séjour parisien lorsqu’elle a été interpellée à l’aéroport.

Le 14 janvier 2011, Zine El Abidine Ben Ali avait fui son pays après 23 ans au pouvoir à l’issue d’une révolte populaire déclenchée par l’immolation en décembre 2010 d’un vendeur ambulant de Sidi Bouzid (centre-ouest), excédé par la pauvreté et les humiliations policières.

Il était parti accompagné de sa seconde épouse Leila Trabelsi - l’une des personnalités les plus honnies de Tunisie-, leur fille Halima et leur fils Mohamed Zine El Abidine.

L’ancien autocrate aura passé les huit dernières années de sa vie en exil en Arabie saoudite.

Agence France-Presse

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