Agence France-Presse 3 juin 2026 à 17h00
Un comité parlementaire britannique transpartisan a appelé mercredi Londres à rompre le contrat du service public de santé du Royaume-Uni (NHS) avec le géant américain de l’analyse de données Palantir, pointant des problèmes de « dépendance » à l’égard des Etats-Unis.
« La présence croissante de Palantir dans l’ensemble du secteur public représente un point de faiblesse inacceptable », s’alarme dans un rapport le comité chargé des technologies à la Chambre des Communes.
« La dépendance à l’égard d’un petit nombre de fournisseurs basés aux États-Unis constitue une vulnérabilité manifeste », qui met les services publics « potentiellement "à la merci" d’acteurs étrangers », ajoute-t-il dans un communiqué.
Palantir est un géant américain de l’analyse des données connu pour ses liens avec les agences de renseignement, dont le cofondateur Peter Thiel est proche de Donald Trump.
L’entreprise travaille notamment pour le compte du gouvernement américain, pour identifier des immigrés sans-papiers ou encore des cibles dans sa guerre en Iran.
Elle est régulièrement critiquée par des ONG qui alertent sur les risques de surveillance de masse, d’atteinte aux libertés individuelles et à la protection des données.
Les députés britanniques exhortent, dans leur rapport, le gouvernement à mettre fin au contrat de 330 millions de livres sterling (382 millions d’euros) décroché par le groupe en 2023 pour fournir une plateforme centralisant les données du NHS.
Ils proposent de faire usage d’une clause de résiliation activable à partir de février 2027 pour privilégier ensuite un fournisseur britannique.
Craignant que les informations des patients soient captées par le groupe américain sans garantie sur leur usage, les associations et les professionnels de santé au Royaume-Uni dénoncent de longue date ce partenariat.
Interrogé par l’AFP, le NHS pointe vers une page de son site, citant de « multiples mesures visant à atténuer le risque de dépendance ».
« Le comité (parlementaire) a choisi de privilégier les jeux politiques au détriment des services publics, en plaidant pour le rejet d’une technologie qui a pourtant prouvé son efficacité », ajoute dans une déclaration à l’AFP le responsable de Palantir au Royaume-Uni, Louis Mosley.
Selon les déclarations au Guardian d’un membre de ce comité, Martin Wrigley, les autorités américaines pourraient légalement réclamer à l’entreprise certaines informations, ce qui s’appliquerait selon lui à un partenariat —actuellement en test— avec l’autorité britannique de régulation des marchés financiers, la FCA, pour détecter les crimes financiers.
Selon l’entreprise, il est cependant « techniquement impossible » de « répondre à une telle demande sans intervention directe de la FCA ».
La mairie de Londres a par ailleurs indiqué mercredi à l’AFP avoir bloqué un contrat de 50 millions de livres de la police londonienne avec Palantir en raison de préoccupations sur le processus d’attribution, qui n’aurait pas permis de comparer le rapport qualité-prix avec les concurrents.
La police de Londres dit regretter le blocage de solutions qui permettraient « de réaliser des économies » et « d’améliorer (ses) performances ».
Agence France-Presse