Tribune

Jacqueline Dérens : la réconciliation en Afrique du Sud, à quel prix ?

Jeudi 20 août 2026

Par Jacqueline Dérens, militante anti-apartheid, autrice de « Dulcie September, une vie pour la liberté » (Éditions NonLieu 2018).

La Commission Vérité et Réconciliation (TRC) voulue et mise en place en 1995 par Nelson Mandela et présidée par Monseigneur Desmond Tutu, a révélé les horreurs des crimes commis sous le régime d’apartheid. Elle a donné la parole aux victimes et à leurs familles, mettant face à face publiquement victimes et bourreaux. Les bourreaux pouvaient bénéficier d’amnistie s’ils venaient témoigner spontanément et exprimaient un repentir sincère. Les audiences retransmises à la télévision nationale SABC ont eu l’effet d’un électrochoc national.

Pourtant depuis la remise officielle de ses conclusions en 1988 après trois de travail, beaucoup ont eu le sentiment d’un « travail inachevé ». En 2002, devant le Sénat, à Paris, Robert Badinter disait, à propos de la TRC : « L’expérience de la Commission Vérité et Réconciliation n’est pas un acte judiciaire. Elle représente un phénomène de justice des plus saisissants et d’une extrême complexité. »

La Commission avait bien recommandé de procéder à des compléments d’enquête sur des cas sur lesquels elle ne pouvait pas se prononcer.

[…] Le 12 août 2026, un ancien policier suédois, Jan-Ake Kjellberg, a témoigné de son passage à Paris en novembre 1997, avec un mandat de la TRC pour poursuivre l’enquête sur le meurtre de Dulcie September, représentante de l’ANC à Paris, assassinée le 29 mars 1988 en ouvrant la porte de son bureau. À sa grande surprise, juste avant son départ pour Paris le 19 novembre 1997, on lui annonça qu’un autre membre de la TRC, Wilson Magadhla, l’accompagnerait à Paris, sans lui donner plus d’explications.

Dulcie September voulait en savoir plus sur les violations par la France de l’embargo obligatoire sur les armes à destination de l’Afrique du Sud et dénonçait publiquement ce trafic d’armes illégal entre la France et son pays. Elle incitait les militants anti-apartheid à redoubler d’énergie pour interpeller le gouvernement français et mettre fin à ce trafic criminel. Cette obstination à dénoncer la violation des sanctions dans ce domaine sensible a probablement signé son arrêt de mort.

Jan-Ake Kjellberg a raconté devant la commission comment s’est passée sa rencontre avec Jean-Pierre Curial, responsable de l’Afrique australe pour le Parti socialiste, le 21 novembre 1997, à l’ambassade d’Afrique du Sud à Paris. Lire l’article.

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