Économie Transports
Vincent Bolloré va tourner la page d’une longue histoire africaine
Le groupe a conclu la vente de ses terminaux portuaires et lignes ferroviaires à l’armateur italo-suisse MSC.
Par Jean-Michel Bezat Publié aujourd’hui à 18h30, mis à jour à 20h42
C’était le dernier joli coup de Vincent Bolloré, avant de lâcher les rênes de son groupe à son fils Cyrille, en février 2022 : la cession à un prix très élevé de Bolloré Africa Logistics (BAL) à l’armateur italo-suisse Mediterranean Shipping Company (MSC). Toutes les autorités réglementaires et de la concurrence ayant donné leur feu vert fin novembre, l’opération a pu être bouclée avec trois mois d’avance sur le calendrier prévu : les deux groupes doivent parapher, mercredi 21 décembre, une opération d’un montant de plus de 5 milliards d’euros, un an après leur accord d’exclusivité.
Sans la pandémie de Covid-19, qui a fait exploser les tarifs de fret en 2020-2021 et les profits des armateurs de porte-conteneurs, l’homme d’affaires breton n’aurait sans doute jamais reçu une offre aussi alléchante pour des actifs plutôt valorisés entre 2 et 3 milliards d’euros avant la crise sanitaire. Le groupe familial a gagné beaucoup d’argent en Afrique au cours des trente dernières années, mais il avait aussi des ennuis judiciaires.
En février 2021, M. Bolloré a reconnu sa culpabilité pour des faits de corruption active d’agent public étranger et complicité d’abus de confiance en Afrique. Le groupe Bolloré était soupçonné d’avoir pris à sa charge des prestations d’Havas, filiale de Vivendi, dispensées à l’occasion de campagnes électorales des présidents togolais et guinéen, en échange d’avantages concernant les ports de Lomé et de Conakry.
L’affaire avec MSC a été rondement menée, et sans appel d’offres international. « Les installations de BAL auraient pu échouer dans le portefeuille d’un capital-investisseur ou d’un fonds souverain, et je ne pense pas que cela aurait été une bonne option, ni pour la continuité des activités de BAL ni pour l’Afrique », expliquait fin mai le président du groupe MSC, Diego Aponte, dans un entretien à Jeune Afrique.
Personne ne souhaitait que ces actifs tombent dans l’escarcelle d’un Etat du Golfe ou du singapourien Olam, encore moins dans celle du chinois Cosco Shipping, qui voit lui échapper une capacité d’exportation des matières premières africaines vers l’empire du Milieu. Et surtout pas le gouvernement français, qui aurait sans doute préféré le choix du marseillais CMA CGM.
Un chapitre important qui se ferme
C’est un chapitre important de l’histoire de l’empire de Vincent Bolloré qui se ferme. Il l’avait ouvert en 1986 avec le rachat de la SCAC (négoce et transports) à Suez, puis celui de l’armement Delmas en 1991. A raison de 200 millions d’investissements par an, selon une source proche du dossier, BAL est devenu le premier réseau de transport-logistique du continent. Un secteur qui a profondément évolué ces dernières années avec l’émergence d’armateurs aussi puissants que MSC, Maersk, CMA CGM, Cosco, Hapag-Lloyd ou Evergreen. Ils se développent désormais dans la logistique terrestre et disposent de plus de moyens pour de lourds investissements. Lire la suite.