Par Raphaëlle Bacqué et Vanessa Schneider Publié aujourd’hui à 16h00
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Enquête « L’empire Bernard Arnault » (1/6). Le milliardaire à la tête de LVMH, aussi secret que puissant, s’appuie sur un entourage dévoué où règne un mélange de terreur et d’admiration.
Il faut monter tout en haut de cet immeuble cossu du 8e arrondissement de Paris pour atteindre l’antichambre de « Monsieur ». C’est ainsi que l’on appelle ici Bernard Arnault, PDG de LVMH, première fortune française, à la tête d’un empire mondial du luxe qui compte 75 marques (Dior, Vuitton, Bulgari, les champagnes Moët et Chandon, l’enseigne Sephora…) et réalise un chiffre d’affaires annuel de 80,8 milliards d’euros. Entre eux, les plus audacieux de ses collaborateurs le nomment seulement par ses initiales, « BA ». Pour ses enfants, c’est « notre père », plus rarement « papa ». Les nouveaux employés doivent apprendre à reconnaître chaque membre de la famille et les appeler « Monsieur Alexandre » ou « Monsieur Antoine », pareil pour les petits-enfants à partir de l’âge de 7 ans. Les Arnault, la dernière famille royale de France.
Au fur et à mesure que l’on gravit les étages, les bureaux spacieux remplacent les open spaces, la moquette beige s’épaissit, la lumière se tamise, le murmure devient silence. A l’étage de « Monsieur », on ne croise plus que des maîtres d’hôtel en habit et gants blancs et des gros bras, anciens policiers pour la plupart, chargés de la sécurité du monarque.
Après une série de rendez-vous avec une bonne dizaine des principaux dirigeants de son groupe et avec ses cinq enfants, Bernard Arnault a accepté de recevoir Le Monde. Depuis quelque temps, la presse ne bruisse que des résultats en baisse de LVMH, de son redressement fiscal contesté de 22,5 millions d’euros, de sa succession – il a atteint 77 ans –, des rivalités entre ses enfants et des dérapages incontrôlés de son épouse, Hélène, qui a fait le tour des médias pour évoquer pêle-mêle son mari qui dort en slip, son intention de voter Mélenchon plutôt que Bardella à la présidentielle, son amour du piano, son dégoût des clochards ou la bipolarité de sa sœur… Tout ce que déteste cet homme pudique, discret et qui n’aime rien tant que de tout contrôler. Le plus puissant et le plus connu des patrons français, celui dont la réussite suscite l’admiration, mais dont l’incommensurable fortune cristallise haines et rancœurs, Lire la suite.