À FLEUR DE PRESSE

Rwanda Les armes du génocide

Lundi 1er avril 2024

Le Figaro, Les armes du génocide, 03/04/1998 (Caroline DUMAY et Patrick de SAINT-EXUPÉRY) : « En juin 1994, le Sud-Africain Petrus Willem Ehlers accompagné de Théoneste Bagosora [leader présumé du camp génocidaire] négocie aux Seychelles un contrat portant sur une livraison de 80 tonnes d’armes. "Ces armes, précise la commission de l’ONU [sur les trafics d’armes dans la région], ont été acheminées à Goma, Zaïre, par deux rotations d’un avion de la compagnie Air Zaïre […] ". [Selon] le gouvernement suisse, […] les fonds virés les 14 et 16 juin [pour payer ces armes] - soit plus d’un million de dollars - sur le compte suisse de Willem Petrus Ehlers proviennent de "la Banque nationale de Paris SA, à Paris". Celle-ci a agi [10 semaines après le début du génocide] sur "ordre de la Banque nationale du Rwanda, Kigali". […] Fait troublant, le lot d’armes négocié aux Seychelles […] correspond presque exactement à une commande adressée, à la mi-mai, au gouvernement français par le "ministre intérimaire des affaires étrangères du Rwanda", Jérôme Bicamumpaka. Accompagné du chef de l’un des partis hutus les plus extrémistes, Jérôme Bicamumpaka venait d’être officiellement reçu à Paris, le 27 avril 1994, par la cellule Afrique de l’Élysée. […] Willem Petrus Ehlers, […] ancien secrétaire de P. W. Botha [ex-Premier ministre sud-africain, grand ami de Foccart], semble vouloir indiquer qu’il n’est pas seul à être impliqué : "Si vous cherchez des Sud-Africains qui ont des connexions françaises, […] il vaut mieux chercher du côté de Neils Van Tonder. C’est un très bon ami de Jean-Yves Ollivier" ». [Très lié à l’establishment sud-africain, Jean-Yves Ollivier est un personnage-clef - des Comores au Congo-Brazzaville, de l’Angola à la Libye (cf. F.X. Verschave, La Françafrique, Stock, 1998, p. 192, 196, 220). Parmi les raisons de l’investissement français au Rwanda, on évoque l’utilisation de ce pays comme relais de livraisons diverses, y compris nucléaires, au régime de l’apartheid. Signalons encore que l’ancien ministre Robert Galley, très investi depuis l’origine (1975) dans l’aventure franco-rwandaise, a été un pivot du lobby nucléaire. À partir de 1990, il s’entretient fréquemment du Rwanda avec le président Mitterrand (Le Canard enchaîné, 08/04/1998)].

Extraits de Billets d’Afrique et d’ailleurs la revue de Survie de mai 1998

Source de l’article.

Revenir en haut