Agence France-Presse 28 avril 2026 à 16h45
La justice suisse a annoncé mardi le classement de la procédure pour blanchiment d’argent visant Gulnara Karimova, fille de l’ex-président de l’Ouzbékistan emprisonnée dans son pays.
« Le classement prononcé aujourd’hui par le Tribunal pénal fédéral en faveur de notre cliente, Gulnara Karimova, équivaut à un acquittement, selon le droit suisse », ont indiqué ses avocats à l’AFP, Mes Grégoire Mangeat, Fanny Margairaz et Romain Wavre.
La fille d’Islam Karimov, l’ancien homme fort de ce pays d’Asie centrale, a été condamnée en mars 2020 en Ouzbékistan à un peu plus de treize ans de prison pour extorsion et détournement de fonds.
Son procès en Suisse pour blanchiment d’argent s’était ouvert lundi en son absence, à Bellinzone (sud).
La procédure contre Mme Karimova est « classée en raison d’un empêchement durable de procéder » mais « la décision de classement sera rendue en même temps que le jugement au fond », a confirmé une porte-parole du tribunal à l’AFP.
En outre, « il sera statué dans le jugement sur la confiscation éventuelle des objets et des valeurs patrimoniales séquestrés dont Mme Karimova est titulaire », a-t-elle indiqué.
Pour ses avocats, cela « signifie très clairement qu’en Suisse, on ne juge pas une personne qui est maintenue arbitrairement dans un trou pénitentiaire depuis plus de dix ans ».
Cela prouve aussi selon eux « qu’on ne juge pas en son absence une personne à qui l’on a imposé des simulacres de procès, tenus dans sa cuisine à Tachkent ou à huis clos, avec des avocats ouzbeks réduits au silence total » et « qu’on ne juge pas une personne lorsque ses droits de la défense les plus élémentaires sont violés de façon crasse par un État - l’Ouzbékistan - qui se moque de l’état de droit et de ses exigences de base ».
- « L’Office » -
Le procès va toutefois se poursuivre car la procédure demeure ouverte contre la banque privée suisse Lombard Odier et un ancien employé, poursuivis respectivement pour « blanchiment d’argent en relation avec la responsabilité de l’entreprise » et pour « blanchiment d’argent ».
Dans un communiqué publié en 2024, le MPC avait accusé Mme Karimova « d’avoir participé à une organisation criminelle dénommée "l’Office", active dans différents pays, et d’avoir blanchi en Suisse, entre 2005 et 2012, des valeurs patrimoniales générées par des crimes commis par ladite organisation criminelle, dont (elle, ndlr) était, selon l’acte d’accusation, la cheffe ultime ».
Elle avait été nommée par son père au poste de représentante permanente de l’Ouzbékistan auprès de l’ONU à Genève, des fonctions qu’elle a occupées jusqu’à l’été 2013, bénéficiant de l’immunité diplomatique jusqu’à cette date.
L’enquête a mené le MPC à retenir qu’une partie des fonds blanchis en Suisse aurait été versée sur des comptes de Lombard Odier, à Genève. Le MPC reproche à la banque de ne pas avoir pris « toutes les mesures d’organisation raisonnables et nécessaires pour empêcher la commission d’actes de blanchiment d’argent aggravé en son sein ».
« Le procureur n’accuse pas Lombard Odier d’avoir participé sciemment ou volontairement à une activité de blanchiment d’argent » mais les allégations « concernent de supposés manquements organisationnels liés à la prévention efficace du blanchiment d’argent », a indiqué lundi la banque, qui « réfute ces allégations ».
Mardi, la banque a pris acte du classement de la procédure visant Mme Karimova, estimant qu’« après près de quinze ans d’enquête, cette décision met en lumière les difficultés fondamentales de la procédure actuelle - à l’égard de l’ensemble des prévenus ».
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