Agence France-Presse 23 février 2024 à 18h54
Les mandats d’arrêt « européens et internationaux » visent Carmelo Ovono Obiang, fils du président Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, ainsi que Nicolás Obama Nchama et Isaac Nguema Ondo, a précisé l’Audience nationale, tribunal espagnol chargé des affaires de terrorisme et des dossiers délicats.
Carmelo Ovono Obiang est aussi le chef du service de renseignement extérieur de cette ancienne colonie espagnole, alors que M. Obama Nchama est ministre d’Etat et responsable de la sécurité intérieure et M. Nguema Endo directeur général de la Sécurité présidentielle.
L’Audience nationale a précisé dans un communiqué que les mandats d’arrêt avaient été émis par le juge Francisco de Jorge, qui a repris l’enquête jusque-là diligentée par son collègue Santiago Pedraz. Ce dernier s’était opposé à l’émission de ces mandats d’arrêt.
Avec cette décision, le juge de Jorge se conforme à un arrêt rendu jeudi par la chambre de l’instruction de l’Audience nationale, qui avait donné raison à une demande d’une association d’opposants équato-guinéens à laquelle s’étaient jointes les familles des victimes, précise le tribunal.
Cette association, le Mouvement pour la Libération de la Troisième République de Guinée équatoriale (MLGE3R), est un mouvement d’opposition en exil basé en Espagne. Elle dénonce régulièrement les atteintes aux droits humains dans ce petit Etat pétrolier d’Afrique centrale.
- Torture « du crocodile » -
La justice espagnole soupçonne Carmelo Ovono Obiang et les deux autres hauts responsables du régime de Malabo d’être impliqués dans l’enlèvement et la torture en 2019 de quatre opposants, qui résidaient en Espagne et dont deux avaient la nationalité espagnole.
Dans sa décision rendue publique vendredi, le juge de Jorge indique que les quatre hommes auraient été enlevés au Soudan du Sud, où ils se seraient rendus à l’invitation d’un ami, précisant qu’il s’agissait d’un « piège » pour les enlever.
Ils auraient ensuite été emmenés de force à Malabo, la capitale de la Guinée Equatoriale, où ils auraient été emprisonnés et torturés en raison de leur participation présumée à une tentative de coup d’Etat.
Selon le quotidien madrilène El Pais, qui a eu accès à des notes de police et des témoignages, ils auraient notamment été soumis à la torture dite « du crocodile », consistant à pendre le prisonnier la tête en bas, pieds et mains enchaînés, afin de provoquer l’explosion des vaisseaux sanguins.
L’un de ces quatre opposants, Julio Obama Mefuman, de nationalité espagnole, est mort en janvier 2023. Le MLGE3R affirme qu’il a été torturé et est décédé dans une prison de ce pays.
Pour sa part, le gouvernement de Malabo affirme qu’il est mort « dans un hôpital (…) des suites d’une maladie dont il souffrait ».
Le juge Pedraz avait réclamé le rapatriement de son corps afin de pouvoir procéder à une autopsie, mais s’était heurté au refus de Malabo. Il avait également convoqué voilà un an les trois responsables équato-guinéens poursuivis pour les interroger, mais ceux-ci ne s’étaient pas présentés.
Après un an d’enquête, et à la surprise générale, le juge Pedraz avait finalement annoncé début janvier l’abandon de son enquête au profit de la justice équato-guinéenne, estimant qu’il n’y avait « aucun élément permettant de conclure (…) que des faits aient été commis en Espagne ».
Le MLGE3R avait fait appel de cette décision.
Après l’ouverture de l’enquête début 2023, un autre fils du chef de l’Etat, Teodoro Nguema Obiang Mangue, par ailleurs vice-président de la Guinée Equatoriale, avait accusé l’Espagne d’« ingérence » et qualifié les quatre opposants de « terroristes ».
La Guinée Equatoriale, pays parmi les plus fermés au monde, est dirigée d’une main de fer depuis 1979 par Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, 81 ans, qui détient le record mondial de longévité au pouvoir pour un chef d’Etat en exercice, en dehors des monarchies.
vab/CHZ/cpy
Agence France-Presse