Par Adrien Naselli Publié aujourd’hui à 7h39
Chez les chercheurs aussi, les origines sociales jouent un rôle crucial. « L’intérêt que je porte à la question de l’argent est directement lié au fait d’en avoir parfois manqué quand ma mère et moi vivions toutes les deux », écrit l’économiste Jézabel Couppey-Soubeyran dans son livre l’Argent expliqué à ma mère… et à son banquier (Seuil). Cette mère, Nicole Couppey, l’a élevée seule, d’abord vendeuse, puis responsable dans une chaîne de magasins de chaussures, avant de terminer sa carrière au smic après la faillite de la marque. Tout le contraire, au hasard, du milieu dans lequel a grandi notre nouveau prix Nobel d’économie, Philippe Aghion, fils de la fondatrice de la marque de luxe Chloé et d’un propriétaire de galerie d’art - un confrère que Couppey-Soubeyran qualifie de « très croissantiste », c’est-à-dire favorable à une croissance tous azimuts. Lui est opposé à la taxe Zucman, elle y est favorable, et assume son « engagement à dénoncer ce qui dysfonctionne dans nos sociétés malades de leur système économique et financier ».
La prise de conscience tardive de son parcours social a conduit Jézabel Couppey-Soubeyran, économiste au Centre d’économie de la Sorbonne, à se lancer dans un projet de livre original pour expliquer des phénomènes nébuleux comme la création de la monnaie et sa circulation, avec un objectif : rendre sa mère (et ses lecteurs) plus sachante que son banquier. Ce geste est une tentative de créer du lien entre les intellectuels et et ceux qui n’ont pas ou peu de diplômes. Mère et fille ne sont pas d’accord sur tout. L’une réfléchit à partir de sa propre situation, l’autre élargit et théorise. Dans la forme comme dans le fond, ce livre prend au mot la phrase de l’industriel Henry Ford citée dans l’introduction : « Si les gens de cette nation comprenaient notre système bancaire et monétaire, je crois qu’il y aurait une révolution avant demain matin. » Lire la suite.