Par Daniel Schneidermann Publié le 29/11/2025 à 10h06
Cette fois, c’est du sérieux. C’est l’Insee qui le dit : le taux d’imposition des ultra-riches est en chute libre, alors que les ultra-riches s’ultra-enrichissent. Et cette révélation n’est pas signée des douteux économistes au couteau entre les dents, comme les épouvantails désormais familiers Thomas Piketty et Gabriel Zucman. « La sidérante envolée des revenus des ultra-riches », a même titré le Monde. Faut-il que l’heure soit ultra-grave pour que l’animateur de BFM Maxime Switek, qui a manifestement lu le Monde (et peut-être aussi le rapport de l’Insee) interpelle son chroniqueur Yves Thréard (du Figaro). « Vous n’allez pas vous échapper comme ça. On a l’Insee qui vient dire que, entre 2003 et 2022, les plus riches paient quatre points d’impôts en moins. » Avoue, ploutocrate ! Bafouillements du chroniqueur. En substance : s’il y avait davantage de chiffres, il y aurait moins de pauvres. Délectable crash du mur des ultra-riches se fracassant sur le mur de la statistique.
Mais peu importe. Insee ou pas Insee, les piliers des chaînes d’info retrouvent leurs réflexes élémentaires de club de défense des ultra-riches. Car soudain, providentielle, surgit dans le débat l’idée d’un emprunt d’Etat réservé aux ultra-riches. Un emprunt un peu particulier : obligatoire, et sans intérêt, auprès des 20 000 « foyers les plus aisés » (en français, donc, les ultra-riches), qui gagnent plus de 250 000 euros par an. Cette idée a un auteur assumé : le sénateur PS Patrick Kanner, socialiste modéré d’entre les modérés, incontournable figurant des photos de visites rituelles de dirigeants socialistes aux locataires successifs de Matignon ces derniers mois. Lire la suite.