Social et Économie 5min Publié le 12 juin 2025 Ludovic Finez
Saint-Amand-les-Eaux (Nord), correspondance particulière.
« Soixante-dix ans. Outinord, innovateur depuis 1955 ». Le panneau en fer fixé sur la grille d’entrée témoigne de l’anniversaire de l’usine fêté ici début avril. Le « cadeau » est arrivé deux semaines plus tard : un plan de licenciements visant 126 des 143 salariés. « Il y a quatre ou cinq ans, nous étions encore 300 », rappelle David Liégeois ce mardi 10 juin devant plusieurs dizaines de collègues, à la sortie d’une réunion du CSE, dont il est le secrétaire CGT.
[…] Un jeu de chaises musicales
« On sacrifie un fleuron national de l’industrie au nom d’une logique de financiarisation », dénonce Me Alexandre Barège, l’avocat du CSE, joint au téléphone. De son côté, Tiphanie Bauduin, qui travaille au contrôle qualité, décrit un « véritable jeu de chaises musicales » depuis quelques années. Les effectifs ont fondu au fil des retraites, démissions et ruptures conventionnelles.
[…] Procédure en urgence au tribunal de Valenciennes
Plusieurs options envisagées par Skena apparaissent pourtant dans le mal nommé « plan de sauvegarde de l’emploi » (PSE). « Nous n’arrivons pas à obtenir l’intégralité des informations économiques qui prouveraient que la décision retenue est justifiée », souligne Alexandre Barège.
Le CSE intente donc une procédure en urgence devant le tribunal de Valenciennes, pour les récupérer. Le 27 mai, un autre élément troublant a épaissi le brouillard. En réunion de CSE, les élus du personnel ont appris que l’actionnaire principal de Skena Group, le fonds de capital-investissement Equistone, avait signé un protocole d’accord pour céder ses actions à deux autres fonds, LGT Private Debt, détenu par la famille royale du Liechtenstein, et Axa Investment Managers.
En 2019, au moment du rachat de Sateco, Equistone avait contracté auprès de ces deux derniers un emprunt obligataire de 84 millions d’euros. « LGT et Axa sont les créanciers d’Equistone. Quand on ne peut plus rembourser et que les banques ne sont pas prêtes à mettre un euro, il faut trouver une solution. Ici, c’est une conversion de dette en actions », avance la direction Lire la suite.