Martine Orange 13 février 2026 à 08h09
[…] La nouvelle aristocratie
Impossible, en effet, de dissocier Jeffrey Epstein du milieu dans lequel il évoluait. Il est le produit des dérives de cette caste hors sol qui prospère depuis l’essor du capitalisme financiarisé. Pendant des années, il est l’un des leurs, sachant capter, manipuler grandes fortunes, financiers, héritiers, en tirer profit ou les faire chanter.
L’offshore est leur monde. « Tu es où ? », ne cesse de demander Jeffrey Epstein à chacun de ses interlocuteurs. De New York à Beyrouth, en passant par Londres, Paris, Berlin ou Oslo, sans parler des îles paradisiaques, ils transhument de point en point, n’ayant aucun port d’attache. Ils ont fait sécession, comme l’a documenté l’historien canadien Quinn Slobodian dans son essai Le Capitalisme de l’apocalypse (Seuil, 2025).
[…] Les mails publiés fourmillent d’anecdotes où on se prête, on s’échange, on demande, maisons somptueuses, avions et yachts privés. En achetant Little Saint James, son île privée, Jeffrey Epstein utilise tous les ressorts de cette caste qui exige un traitement à part, des privilèges. Il en fait à la fois son lieu de débauche, au sein duquel se nouent des pactes de corruption, et une de ses bases capitalistiques car la fiscalité et la réglementation y sont quasi inexistantes. Devant le comité de l’île chargé de lui donner son agrément pour enregistrer ses fonds et ses sociétés, Jeffrey Epstein explique alors qu’il est « le docteur financier pour les riches », comme le rapporte une très longue enquête du New York Times. Lire la suite.