Agence France-Presse 26 octobre 2023 à 19h25
A l’issue d’un échange entre le juge Lewis Kaplan et la défense à l’audience jeudi matin, il est apparu que « SBF » allait commencer à être interrogé à la barre en début d’après-midi, vers 18H00 GMT.
Son avocat Mark Cohen a précisé que son témoignage devrait durer quatre à cinq heures.
Depuis l’ouverture de ce procès fédéral pour fraude et association de malfaiteurs, l’image de « SBF » en génie facétieux des cryptomonnaies a volé en éclats.
Trois témoins clés, anciens collaborateurs de Sam Bankman-Fried, ont aussi mis à mal sa défense, qui consistait à charger ses anciens subalternes, taxés d’incompétence ou de légèreté.
« SBF » est accusé d’avoir organisé l’utilisation, illégale, de fonds déposés sur sa plateforme d’échange de cryptomonnaies FTX à l’insu des clients.
Jusqu’à 14 milliards de dollars ont ainsi été siphonnés pour alimenter les investissements, souvent risqués, de sa société d’investissement Alameda Research.
Quelque 8 milliards manquaient à l’appel au moment du dépôt de bilan de FTX en novembre 2022.
La majeure partie a été recouvrée depuis par les liquidateurs et devrait être reversée aux clients début 2024.
A l’audience, les témoins ont assuré -soutenus par des documents internes rassemblés par l’accusation- que l’ancien petit génie des cryptomonnaies était bien à l’origine des infractions et n’avait jamais perdu de vue la situation financière de FTX et d’Alameda.
Le contre-interrogatoire par les avocats de « SBF » n’a pas mis en évidence de faille dans le récit de ces anciens collaborateurs.
Sa défense fragilisée, Sam Bankman-Fried entend donc témoigner, abattant ainsi sa dernière carte pour redresser la barre. Il encourt jusqu’à 110 années de réclusion en cas de condamnation.
L’accusation avait indiqué au juge fédéral Lewis Kaplan qu’elle pourrait conclure la présentation de ses témoins jeudi. Et donc céder la main à la défense, qui prévoyait de produire quatre témoins, dont l’accusé.
L’avocat de Sam Bankman-Fried n’a pas précisé dans quel ordre il prévoyait de citer les témoins.
Les accusés dans des procès pénaux aux Etats-Unis choisissent souvent de ne pas témoigner, pour éviter de s’incriminer, en particulier lors du contre-interrogatoire par l’accusation.
Récemment, Harvey Weinstein, Bill Cosby, le chanteur R. Kelly, Ghislaine Maxwell (affaire Jeffrey Epstein), Derek Chauvin (condamné pour le meurtre de George Floyd) ou le narcotrafiquant Joaquin Guzman, dit « El Chapo », ont tous préféré ne pas s’exprimer au tribunal.
Une étude de la faculté de droit de l’université de Cornell, publiée en 2009, a indiqué que 77% des accusés qui choisissaient de témoigner étaient condamnés, contre 72% seulement pour ceux ayant opté pour le silence.
Agence France-Presse