Quatre ans après les « Dossiers du Rocher », première inculpation à Monaco

Jeudi 26 juin 2025

L’ancien président du tribunal suprême de Monaco Didier Linotte a été inculpé mercredi pour prise illégale d’intérêt en bande organisée et corruption passive, faisant entrer dans une nouvelle phase la bataille médiatico-juridique qui secoue la principauté sur fond de juteux contrats immobiliers.

Agence France-Presse 25 juin 2025 à 19h53

L’ancien président du tribunal suprême de Monaco Didier Linotte a été inculpé mercredi pour prise illégale d’intérêt en bande organisée et corruption passive, faisant entrer dans une nouvelle phase la bataille médiatico-juridique qui secoue la principauté sur fond de juteux contrats immobiliers.

A l’issue de deux jours de garde-à-vue, le parquet avait requis la détention préventive contre ce juriste français de 77 ans en évoquant des « faits d’une particulière gravité », mais les juges d’instruction ont opté pour un contrôle judiciaire strict, avec interdiction de quitter Monaco.

M. Linotte est le premier à être directement mis en cause par la justice monégasque à la suite de la parution en 2021 du site internet intitulé « Dossiers du Rocher », où un corbeau accusait quatre anciens proches d’Albert II de collusion.

Il s’agissait de M. Linotte, mais aussi de l’ami d’enfance et avocat personnel du prince Thierry Lacoste, de son comptable Claude Palmero et de son chef de cabinet Laurent Anselmi.

D’abord soutenus par le prince, puis finalement écartés en 2023, parfois sans ménagement, les quatre hommes réfutent toute collusion et accusent en retour Patrice Pastor, héritier d’un empire immobilier dont la fortune est estimée à plus de vingt fois celle de la famille princière, d’avoir commandité le corbeau parce qu’ils s’opposaient à son hégémonie.

Les dossiers sont désormais devant la justice, avec une trentaine d’enquêtes en cours, qui examinent en particulier les liens entre certains des quatre hommes et des promoteurs immobiliers concurrents de M. Pastor comme les groupes Caroli, Marzocco ou Vinci.

Avec une concentration inédite de millionnaires sur deux petits kilomètres carrés coincés entre mer et montagne, le marché immobilier monégasque vaut de l’or et attise toutes les convoitises.

Concernant M. Linotte, la justice s’intéresse aux conditions dans lesquelles le tribunal suprême a condamné en 2020 l’Etat monégasque à verser 136 millions d’euros, sans compter les intérêts, à la société Caroli pour l’abandon d’une opération immobilière d’envergure, dite de l’Esplanade des pêcheurs.

  • « Fable » -

L’avocat de M. Linotte, Me Pascal-Pierre Garbarini, a dénoncé l’hypothèse d’une influence extérieure sur le jugement comme une « fable », rappelant que la décision de la plus haute juridiction monégasque avait été prise en collégialité, « par cinq des sept membres du tribunal suprême ».

M. Linotte est aussi soupçonné d’avoir poursuivi ses activités de conseil après sa nomination au tribunal suprême monégasque, en particulier auprès de Vinci. Mais son avocat répète que son statut le lui permettait et qu’il a mis fin à cette activité quand le prince le lui a demandé en 2017, dans le cadre des efforts de transparence menés par la principauté.

Lui-même avocat et professeur de droit, M. Linotte a présidé la plus haute juridiction monégasque pendant 11 ans, jusqu’à ce que le prince Albert mette fin à son mandat en 2023. Son avocat a fait savoir qu’il entendait contester au plus vite l’inculpation devant la chambre d’accusation et démontrer « que ces accusations sont artificielles ».

Ces dernières années, les enquêtes en cours avaient donné lieu à des auditions, à des perquisitions, à des demandes d’investigations internationales, à des garde-à-vue, mais jusqu’à présent, seuls deux seconds couteaux avaient été mis en examen dans l’enquête menée à Paris sur le piratage des mails du cabinet de Me Lacoste, qui a alimenté les « Dossiers du Rocher ».

Si Albert II affiche sa sérénité face à ce grand déballage, le ton est monté ces derniers mois chez son ancienne garde rapprochée : M. Palmero a ainsi dénoncé une justice aux ordres et déposé plusieurs recours devant la CEDH.

Deux d’entre eux ont été rejetés ces dernières semaines mais la cour de Strasbourg doit encore examiner le plus important, qui porte sur l’impossibilité de contester toute décision du prince en raison de son immunité absolue.

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Agence France-Presse

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