La justice française enquête sur des soupçons de crime de guerre de l’armée israélienne au Liban

Mardi 3 novembre 2026

Deux juges français enquêtent sur des soupçons de crime de guerre commis par l’armée israélienne au Liban : un Franco-Libanais, qui a perdu ses parents dans un bombardement à Beyrouth fin 2024, a obtenu l’ouverture d’une information judiciaire à Paris, une première selon son avocate.

Agence France-Presse 3 novembre 2026 à 10h50

Deux juges français enquêtent sur des soupçons de crime de guerre commis par l’armée israélienne au Liban : un Franco-Libanais, qui a perdu ses parents dans un bombardement à Beyrouth fin 2024, a obtenu l’ouverture d’une information judiciaire à Paris, une première selon son avocate.

Six mois après le dépôt d’une plainte avec constitution de partie civile au côté de la Fédération internationale des droits de l’Homme (FIDH), l’artiste franco-libanais Ali Cherri et son avocate Me Clémence Bectarte ont annoncé mardi à l’AFP la saisine de deux juges d’instruction, désormais chargés de l’enquête.

« Depuis près de deux ans, je me bats (…) pour que le bombardement israélien qui a tué mes parents et cinq autres civils ne reste pas impuni  », a déclaré Ali Cherri à l’AFP, saluant « une avancée immense pour ma famille et moi, même si nous savons que le chemin vers la justice sera encore long et difficile ».

« Ce qui est arrivé à mes parents n’est pas un cas isolé. Au-delà de mon histoire personnelle et de la mémoire de mes parents, ce combat est aussi celui de la dignité de toutes les victimes civiles. J’espère que cette enquête contribuera à briser l’impunité dont bénéficient les responsables israéliens des attaques contre les civils au Liban et en Palestine », a-t-il poursuivi.

Sept civils, dont le père et la mère de l’artiste, âgés de 87 et 77 ans, ont été tués dans le bombardement de leur immeuble de 12 étages du quartier de Noueiri dans le centre de la capitale libanaise, le 26 novembre 2024, selon la plainte dont l’AFP a eu connaissance. Trois étages ont été détruits.

Le bombardement a eu lieu « quelques heures seulement avant l’entrée en vigueur de l’accord de cessez-le-feu conclu entre Israël et le Hezbollah », selon la plainte, qui s’appuie notamment sur des recherches détaillées des organisations Amnesty International et Forensic Architecture concernant la frappe.

Ali Cherri n’a pas pu porter plainte pour homicide, ses parents n’ayant pas la nationalité française, mais il a obtenu l’ouverture de l’enquête pour « attaque délibérée contre un bien civil, constitutif de crime de guerre », précise son conseil.

  • « Une première » -

En septembre, le parquet national antiterroriste (Pnat), compétent pour les crimes de guerre, a demandé l’ouverture d’une telle information judiciaire contre X, actant d’indices « graves et concordants » que ces faits ont été commis, selon une source proche du dossier.

L’information judiciaire « qui vise à faire toute la lumière » sur le bombardement est a priori en France « la première enquête judiciaire relative aux crimes commis par l’armée israélienne au Liban depuis le début de l’opération militaire en octobre 2023 », a salué Me Clémence Bectarte.

Le Hezbollah, allié du Hamas, avait ouvert depuis le Liban un front contre Israël au début de la guerre dans la bande de Gaza qui a suivi l’attaque sans précédent du 7 octobre 2023 du Hamas palestinien sur le sol israélien.

Les hostilités, qui ont dégénéré en guerre ouverte en septembre 2024, ont fait plus de 4.300 morts au Liban, selon Beyrouth.

D’autres plaintes visant l’armée israélienne ont été déposées à Paris, dont celle d’un autre Franco-Libanais, Mohamad H., défendu par Me Emmanuel Daoud, qui a perdu sa mère, sa soeur et deux neveux dans des frappes à Tyr (sud) dans la nuit du 16 au 17 avril 2026.

Ou celle d’un entrepreneur français né au Liban qui accuse l’armée israélienne d’avoir arraché 600 oliviers centenaires appartenant à sa famille dans un village du Sud-Liban. Ce dernier est représenté par Vincent Brengarth, William Bourdon et Nicolas Busin.

Hors Liban, les agissements des forces israéliennes sont au cœur d’enquêtes préliminaires du Pnat ouvertes notamment pour tortures et crime de guerre après l’interception de flottilles humanitaires pour Gaza en 2025 et 2026.

Enfin, fin 2025, le Pnat a demandé à un juge d’instruction parisien d’enquêter pour crimes de guerre après la mort de deux enfants français dans un bombardement israélien à Gaza en octobre 2023, écartant cependant les qualifications de génocide et crime contre l’humanité, selon des sources proches du dossier.

Agence France-Presse

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