La juge Isabelle Prévost-Desprez : « J’ai eu face à moi un président de la République qui attaquait mon impartialité »

Dimanche 29 juin 2025

Entretien« Je ne serais pas arrivée là si… » Chaque semaine, « Le Monde » interroge une personnalité sur un moment décisif de son existence. La magistrate dit devoir sa vocation à une série télévisée avec Simone Signoret.

Propos recueillis par Ivanne Trippenbach Publié aujourd’hui à 06h00, modifié à 20h53

Temps de Lecture 8 min.

Isabelle Prévost-Desprez, 66 ans, est l’une des juges anticorruption les plus connues du grand public, inflexible et crainte des avocats. Aujourd’hui numéro deux du tribunal de Paris, elle revient sur une carrière marquée par les grandes affaires politico-financières, dont l’affaire de vente d’armes à l’Angola, dite « Angolagate », ou le feuilleton Bettencourt sous la présidence de Nicolas Sarkozy, et les dossiers terroristes. Un parcours semé de tentatives de déstabilisation des pouvoirs politique et économique.

Je ne serais pas arrivée là si…

… Si je n’avais pas résisté à la pression dans l’affaire Bettencourt. J’ai eu face à moi un président de la République qui attaquait mon impartialité. Un 14-Juillet, ma mère m’avait appelée, affolée : « Nicolas Sarkozy vient de parler de toi à la télé ! » A l’époque, je disais : moi, je ne suis qu’une juge. Puis j’ai compris que les moyens de l’Etat allaient être utilisés. Une enquête a été ouverte contre moi pour violation du secret professionnel, pour me dessaisir du dossier. Résister à ça, c’était incarner une forme d’indépendance. Je n’ai pourtant jamais eu ni ce but ni cette volonté. Vous avez donc connu la justice en tant que prévenue pour des soupçons de fuites dans la presse, avant d’être relaxée en 2015, puis en appel en 2017. Qu’en retenez-vous ?

Personne ne pense un instant que j’ai été déloyale. C’était de la manipulation. Mais quand j’ai été mise en examen et renvoyée devant le tribunal correctionnel, ça a été difficile à vivre. Je continuais à exercer, il y avait une perquisition à mon domicile et le lendemain hop, je présidais une audience. On s’étonnait : « Madame le président, en plus vous êtes là ! » Eh bien oui, je continue. J’ai vécu ce type de pression depuis que j’ai commencé à traiter des dossiers liés à la sphère politique ou financière. Etre juge d’instruction, c’est être seul. On prend des décisions solitaires, contrôlées ensuite par la cour d’appel. On ne peut en parler à personne. Lire la suite.

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