Selon le témoignage de cet appelé, employé à l’époque comme chauffeur dans une unité chargée des écoutes au sein de l’armée française à Djibouti, celle-ci a été informée de l’assassinat du juge Borrel, via des écoutes de la police djiboutienne, peu après son décès. Ce qui est fort vraisemblable tant l’armée française est chez elle à Djibouti.
Ce témoignage fait au juge Clément, en charge de l’enquête française, et révélé la veille par France Culture, n’apporte néanmoins aucun élément concernant les meurtriers présumés ou leurs commanditaires. Il laisse surtout supposer une complicité franco-djiboutienne dès le jour de l’assassinat (confirmée par la suite par les notes récupérées à l’Elysée) et soulève un point fondamental : pour quelles raisons, les autorités françaises ont-elles maintenu contre vents et marées la thèse du suicide pendant douze ans ?
Car il a fallu attendre 2007 et le communiqué du procureur Jean-Claude Marin reconnaissant l’évidence. Ce communiqué, qui précisait que l’instruction privilégiait la thèse de l’assassinat, avait été rendu public, immédiatement après la réception à l’Élysée, de Mme Borrel par Nicolas Sarkozy. Celui-ci lui avait alors assuré à Elisabeth Borrel que le secret-défense serait levé. Visiblement la parole était de bois.
Devant cette nouvelle révélation, le ministre de la Défense, Gérard Longuet, est monté en première ligne précisant que son ministère fournirait toutes les pièces demandées par la commission sur la déclassification du secret défense. Enfin devrait-on dire ! Car pour l’ancien appelé, « il y a forcément une trace » de l’écoute de la police djiboutienne. « Sauf si elle a été délibérément supprimée », dit-il, précisant que les informations du jour étaient transmises par télex au ministère de la Défense.
« J’attends que M. Longuet fournisse les documents qui font état de l’assassinat de mon mari. Ces documents existent. Il lui suffit de lever le secret défense pour que ces documents puissent servir, enfin, à la manifestation de la vérité judiciaire », a confirmé Elisabeth Borrel.
Dans ces conditions, la ligne de défense serinée sur les médias par Gérard Longuet était aussi grossière que les innombrables mensonges de l’Etat dans cette affaire : « l’armée ne savait pas ». A vrai dire, le ministère est dans une position délicate car ce témoignage pourrait mener l’armée française devant les tribunaux. « Je veux dire aujourd’hui à M. Longuet que le fait de tromper la justice pendant seize ans constitue une infraction pénale », a d’ailleurs souligné Elisabeth Borrel, elle-même magistrate. Longuet le sait bien puisqu’il déclarait dans son démenti à France 2 : « Si l’armée savait, elle a l’obligation, c’est dans le code pénal, article 40, de transmettre au magistrat toute information sur une affaire juridique ». Lire la suite.
Extraits de Billets d’Afrique et d’ailleurs N° 209 - janvier 2012