Agence France-Presse 19 mai 2026 à 13h50
« Les socialistes voteront contre la nomination d’Emmanuel Moulin à la tête de la Banque de France », mercredi à l’issue de son audition devant la commission des Finances de l’Assemblée, a affirmé mardi le député PS Philippe Brun, une décision qui fragilise les chances du candidat d’Emmanuel Macron.
L’ancien secrétaire général de l’Elysée sera auditionné mercredi matin par la commission des finances du Sénat puis par celle de l’Assemblée nationale, avant un vote à bulletin secret des 121 commissaires des deux chambres. Si trois cinquièmes des suffrages exprimés sont défavorables à sa nomination, celle-ci sera repoussée.
Les Insoumis et le RN ont déjà annoncé qu’ils voteraient contre, si bien que son sort est désormais entre les mains de LR.
Les socialistes avaient auditionné M. Moulin en amont de son « grand oral » devant les commissaires aux Finances.
« Emmanuel Moulin ne présente pas les garanties d’indépendance politique indispensables à la fonction de banquier central. En tant que principal responsable de la politique économique du gouvernement depuis dix ans, il ne peut se prévaloir d’une quelconque indépendance vis-à-vis du pouvoir exécutif », explique M. Brun dans un communiqué.
Sur le fond, les socialistes reprochent au candidat de ne pas s’être engagé auprès d’eux « pour le renforcement de la régulation bancaire mais au contraire pour sa dérégulation », d’être favorable « à la relance de la titrisation en Europe » et d’avoir démontré à Bercy « son rôle central dans la défense du lobby bancaire en ayant fait barrage, à plusieurs reprises, aux initiatives européennes pour renforcer la stabilité financière et éviter l’émergence d’une nouvelle crise ».
Emmanuel Moulin, 57 ans, a été secrétaire général de l’Elysée pendant un an. Auparavant il avait été successivement directeur de cabinet de Bruno Le Maire au ministère des Finances, directeur du Trésor et directeur de cabinet de Gabriel Attal à Matignon.
Le groupe socialiste au Sénat, sollicité par l’AFP, n’a pas indiqué si la position exprimée par M. Brun valait aussi pour les sénateurs PS.
Plus tôt dans la matinée, le président de la commission des Finances, Eric Coquerel (LFI), avait appelé le Parlement à « ne pas se faire marcher dessus » et à rejeter la nomination de M. Moulin.
Sans remettre en cause les « compétences » de M. Moulin, le député de Seine-Saint-Denis a dit s’y opposer « sur la question de son indépendance », faisant un parallèle avec la nomination récente de l’ex-ministre macroniste Amélie de Montchalin à la Cour des comptes.
M. Coquerel s’est particulièrement adressé à la droite sénatoriale, alors qu’une rumeur relayée par Les Echos évoque un supposé accord entre elle et l’Elysée en échange d’une nomination comme Défenseur des droits du sénateur LR et ancien ministre François-Noël Buffet.
« Je veux croire que les LR du Sénat ne vont pas accepter ce deal s’il leur a été proposé », a affirmé M. Coquerel.
Une approche réfutée par l’entourage du président LR du Sénat Gérard Larcher, qui a qualifié la rumeur de « ridicule ».
Interrogées, plusieurs sources parlementaires LR ont reconnu néanmoins l’existence de contacts en ce sens.
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