Au procès Athanor, des peines de 25 à 30 ans de réclusion requises contre les deux cerveaux de l’officine criminelle

Mercredi 8 juillet 2026

Au terme de deux jours de réquisition, les avocats généraux du procès Athanor ont réclamé des peines allant de 18 mois d’emprisonnement avec sursis à 30 ans de réclusion criminelle à l’encontre de 19 des 22 accusés, poursuivis pour leur implication dans les activités d’une officine criminelle de barbouzes accusés du meurtre d’un pilote automobile et de plusieurs tentatives d’assassinat.

Agence France-Presse 7 juillet 2026 à 21h20

Au terme de deux jours de réquisition, les avocats généraux du procès Athanor ont réclamé des peines allant de 18 mois d’emprisonnement avec sursis à 30 ans de réclusion criminelle à l’encontre de 19 des 22 accusés, poursuivis pour leur implication dans les activités d’une officine criminelle de barbouzes accusés du meurtre d’un pilote automobile et de plusieurs tentatives d’assassinat.

La relaxe a été requise pour trois commanditaires présumés de contrats criminels, dont le couple Maarek, poursuivi pour complicité de meurtre en bande organisée dans le dossier de l’assassinat du pilote automobile Laurent Pasquali.

Sans surprise, les peines les plus lourdes ont été réclamées contre les « trois accusés qui forment le socle sans lequel rien ne serait arrivé », selon les mots de l’avocate générale, Anabelle Philippe.

Trente et vingt-cinq ans de réclusion criminelle ont été requis contre les deux têtes pensantes : l’ancien agent de la DCRI Daniel Beaulieu, 72 ans, et le chef d’entreprise Frédéric Vaglio, 55 ans. Les deux hommes se sont rencontrés au sein de la loge maçonnique des Hauts-de-Seine Athanor où leur lien fraternel est progressivement devenu « commercial et criminel ».

Une peine de 22 ans de prison a été demandée contre Sébastien Leroy, l’homme de main impliqué dans tous les contrats criminels étudiés par la cour d’assises spécialement composée depuis le 30 mars.

Le parquet a également réclamé 20 ans de réclusion à l’encontre de son ancien ami, Dylan Bilheude, que l’ex-agent de sécurité de 36 ans, accuse d’avoir été l’auteur du tir mortel contre Laurent Pasquali.

Des accusations contestées avec force par ce dernier depuis le début des investigations de la brigade criminelle, débutée en juillet 2020 avec l’arrestation de deux militaires, Pierre Bourdin et Carl Esnault, au pied du domicile d’une coach en entreprise visée par un projet d’assassinat.

Le parquet général a demandé des peines de 15 et 13 ans de réclusion à leur encontre.

C’est dans l’ombre d’une loge maçonnique « dévoyée » que s’est nouée cette « alliance inattendue » et « utilitaire » entre policiers, chefs d’entreprises ou encore militaires rattachés à la DGSE.

Le parquet général, peu avant de requérir les peines, s’est dit « sidéré par la réalité de ce dossier », face à des accusés « insérés » capables de « mettre des contrats sur la tête des gens autour d’un bon repas » et de déguiser « des assassinats sous les attraits de la banalité ».

Les deux avocats généraux, Nicolas d’Hervé et Anabelle Philippe, ont méticuleusement dépeint pendant deux jours la « montée en puissance » d’une « société secrète fondée sur la cupidité et l’orgueil », à la structure « rhizomique », c’est-à-dire capable d’évoluer et de s’adapter en permanence.

  • « Rien n’est impossible » -

Tout en haut de la pyramide, Beaulieu et Vaglio revendiquaient une appartenance, passée ou actuelle, aux services de renseignement, promettant aux exécutants comme aux clients de l’officine une impunité.

Assassinats, passages à tabac, vols, espionnage industriel : des devis, facilités de paiement, relances ou encore déductions de TVA étaient adressés aux riches clients de l’officine sous l’apparence de prestations de services tout à fait légales.

Le fonctionnement d’Athanor s’apparentait à celui d’une « entreprise commerciale normalisée », dont le « premier mobile » était l’argent : 210.000 euros au total ont été amassés par la petite entreprise du crime.

Chargé de décrocher les contrats, Frédéric Vaglio travaillait peu, selon l’accusation, et reversait un tiers des sommes perçues à Daniel Beaulieu, « chargé de la partie opérationnelle et pour qui rien n’est impossible ».

Plusieurs exécutants ont nié toute intention criminelle, se présentant comme des serviteurs de l’État, manipulés par des donneurs d’ordre.

Sébastien Leroy, fasciné par Matrix et l’espionnage, avait été recruté par le maître espion Beaulieu pour soi-disant effectuer des dizaines de missions étatiques « hors cadre » imaginaires.

« À l’inverse du scénario de Matrix, la pilule rouge est ici un monde d’illusion et d’euphorie », a estimé Nicolas d’Hervé, décrivant « un jeu de rôle absurde ».

L’exécutant principal des contrats criminels, qui a échoué au concours pour devenir policier, « a toujours su que ce que lui offrait Daniel Beaulieu », décrit comme « un maître dans l’art de la duplicité », n’était « pas une vie d’agent, mais une vie de barbouze ».

Le jeune homme s’est lui-même fait passer pour un agent pour recruter des militaires de la DGSE accusés de tentative de meurtre en bande organisée.

Le procès se poursuivra avec les plaidoiries de la défense avant le verdict, prévu le 17 juillet.

Agence France-Presse

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