Agence France-Presse 6 juillet 2026 à 15h40
« Une société secrète fondée sur la cupidité et l’orgueil » : les avocats généraux du procès Athanor ont entamé lundi à Paris leurs réquisitions contre 22 accusés dans une affaire abracadabrante de manipulations et de faux espions qui a coûté la vie à un pilote automobile.
Au terme de « 50 jours de procès et 600 heures de débat », l’avocat général Nicolas d’Hervé a brossé le portrait d’une « forme inédite de criminalité organisée », portée par des accusés « cultivés, parfaitement insérés, trop insérés ».
Plusieurs militaires rattachés à la DGSE, trois policiers dont deux anciens des renseignements intérieurs, mais aussi de riches chefs d’entreprise encourent la réclusion criminelle à perpétuité dans ce dossier aux multiples ramifications.
Cette « alliance inattendue » dont les agissements ont « écorné » l’image des « agences étatiques » et « participé à la dégradation de l’image de la police » s’est muée en « société secrète fondée sur le cupidité et l’orgueil », dénonce le ministère public.
Jugés depuis le 30 mars devant la cour d’assises spécialement composée de Paris, les membres de cette officine, formée au début des années 2010 dans l’ombre d’une loge maçonnique des Hauts-de-Seine, sont poursuivis pour 26 crimes et 86 délits.
Meurtre, tentatives d’assassinat, passages à tabac, espionnage industriel, barbouzeries en tous genres… Au total, la cour a examiné huit volets en suivant la chronologie de l’enquête de la brigade criminelle qui s’est étalée sur près de quatre ans.
Les deux avocats généraux reprennent à leur tour le dossier, mais dans l’ordre des faits pour mieux retracer la « montée en puissance » de l’officine Athanor dont les agissements ont débuté par la surveillance de l’actuel député du Val-de-Marne Sylvain Berrios, alors en conflit avec la compagne de Frédéric Vaglio, le « commercial » de l’officine, impliqué dans la quasi-totalité des barbouzeries.
L’originalité de cette affaire à tiroirs tient aux méthodes employées par ses instigateurs, largement inspirées des services de renseignement pour mettre leurs plans à exécution.
En haut de la pyramide, Daniel Beaulieu et Frédéric Vaglio revendiquaient une appartenance passée ou actuelle aux services secrets, promettant aux exécutants et clients de l’officine une impunité, difficile à admettre lors des débats.
La « manipulation réciproque » que les deux francs-maçons auraient exercée l’un sur l’autre est balayée par le ministère public, qui s’est appliqué à décrire le « fonctionnement d’une entreprise commerciale normalisée », dont le « premier mobile, presque inavouable », était tout simplement « l’argent ».
- « Jeu de dupes permanent » -
Si la plupart des accusés ont reconnu leur implication, ils ont nié toute intention criminelle, se présentant comme des serviteurs de l’ombre de l’État.
La cour a ainsi tenté, pendant trois mois, de déterminer le degré réel de connaissance de chacun.
La semaine consacrée au meurtre du pilote Pascal Pasquali, la plus intense du procès, résume à elle seule le « système Athanor » : un « jeu de dupes permanent », selon les mots d’un expert psychiatre qui consiste à comprendre « qui dupe qui ».
L’agent de sécurité Sébastien Leroy, fasciné par l’univers du renseignement, a ainsi raconté avoir été recruté par Daniel Beaulieu, ancien agent de la DCRI et figure la plus énigmatique du dossier, pour une mission « hors cadre », qui devait le conduire à éliminer un « mafieux corse ». Il s’agissait en réalité d’un pilote automobile endetté auprès d’un riche couple.
Si Frédéric Vaglio et Daniel Beaulieu nient avoir voulu la mort de Laurent Pasquali, ils reconnaissent avoir fomenté ensuite deux autres projets d’assassinat dont celui de la coach en entreprise Marie-Hélène Dini.
Présentée à tort comme une espionne du Mossad par les donneurs d’ordre, cette dernière était en réalité une rivale d’un membre de la loge Athanor. L’échec de cette exécution, en juillet 2020, a entraîné la chute de la petite entreprise criminelle.
Entendu comme témoin lors du procès, l’ancien directeur de la DGSE, Bernard Émié, a martelé qu’il « n’exist(ait) pas - sauf dans les romans d’espionnage - de missions hors cadre ».
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