Crispations autour de la Maison de l’Argentine à la Cité universitaire de Paris

Mardi 24 mars 2026

La Cité universitaire de Paris prévoit d’installer une plaque commémorative à la mémoire des victimes de la dictature argentine, en réaction à la décision de la Maison de l’Argentine de retirer de ses locaux une plaque similaire, a annoncé à l’AFP son président Jean-Marc Sauvé.

Agence France-Presse 23 mars 2026 à 14h34

La Cité universitaire de Paris prévoit d’installer une plaque commémorative à la mémoire des victimes de la dictature argentine, en réaction à la décision de la Maison de l’Argentine de retirer de ses locaux une plaque similaire, a annoncé à l’AFP son président Jean-Marc Sauvé.

La Maison de l’Argentine et son directeur Santiago Muzio, nommé par le gouvernement d’extrême droite de Javier Milei, sont soupçonnés par les autorités de la Cité universitaire, qui accueille de nombreuses résidences étudiantes internationales, de prosélytisme politique.

La plaque installée en 2022 à l’entrée de la Maison de l’Argentine, « en hommage aux 30.000 disparus et victimes du terrorisme d’Etat (1974-1983) », a disparu en février.

Mardi, à l’occasion du 50e anniversaire du coup d’Etat en Argentine, la fondation qui gère la Cité universitaire posera une plaque similaire « dans ses locaux », a déclaré son président, à la tête du grand campus qui accueille 12.000 étudiants, chercheurs et artistes du monde entier.

« C’est une réponse dépourvue d’ambiguïté à l’enlèvement de la plaque qui fait mémoire des victimes du terrorisme d’Etat à la Maison de l’Argentine et au refus de donner la moindre assurance sur sa réinstallation après les travaux », a-t-il commenté.

Le ministère de l’Enseignement supérieur a affirmé à l’AFP que la pose de cette plaque correspondait « à la demande que le ministère avait explicitement formulée » auprès de la Cité universitaire. « Nous nous en félicitons », a ajouté le ministère.

Face aux protestations des étudiants, M. Muzio a justifié cette dépose par la réalisation de travaux à l’entrée, mais sans garantir son retour, a confirmé à l’AFP José Eduardo Wesfreid, membre de l’association Assemblée des citoyens argentins en France (ACAF).

Selon M. Wesfreid, scientifique au centre de recherche français CNRS, la Maison de l’Argentine, sous la direction de M. Muzio, sert par ailleurs de lieu de rencontre à l’extrême droite européenne, comme l’a récemment révélé le quotidien français Le Monde.

Bien que la Cité universitaire soit « un lieu de débat ouvert », « le prosélytisme et l’activisme politique n’y ont pas leur place », fait valoir M. Sauvé.

M. Muzio a également refusé de signer la Charte des valeurs de la Cité universitaire, qui interdit entre autres les discriminations fondées sur le genre ou l’orientation sexuelle.

D’après M. Sauvé, aucun cas de discrimination n’a jusqu’ici été démontré. Mais si cela devait se produire, les étudiants concernés seraient relogés dans une autre résidence de la Cité, indépendamment d’éventuelles « actions pénales », a-t-il assuré.

Contactée par l’AFP, la Maison de l’Argentine n’avait pas réagi lundi à la mi-journée.

Une partie de l’exécutif argentin, dont le président Javier Milei, ulcère régulièrement les milieux des droits humains, en contestant le nombre de morts et disparus pendant la dictature, et en plaçant de facto sur un pied d’égalité - au nom de l’argument « c’était une guerre » - l’élimination systématique d’opposants ou perçus comme tels, et la violence des guérillas d’extrême gauche dans les années 1970.

Agence France-Presse

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