Au procès Athanor, le mot de la fin avant le verdict attendu vendredi

Mercredi 15 juillet 2026

L’un n’a rien eu à ajouter après trois mois et demi d’audience, un autre a demandé « pardon à la France » qu’il a « servie » : les 22 accusés du procès Athanor, du nom d’une officine criminelle née dans l’ombre d’une loge maçonnique, ont prononcé leurs derniers mots mercredi, avant le verdict attendu vendredi à 17H00.

Agence France-Presse 15 juillet 2026 à 14h10

L’un n’a rien eu à ajouter après trois mois et demi d’audience, un autre a demandé « pardon à la France » qu’il a « servie » : les 22 accusés du procès Athanor, du nom d’une officine criminelle née dans l’ombre d’une loge maçonnique, ont prononcé leurs derniers mots mercredi, avant le verdict attendu vendredi à 17H00.

Les sept juges de la cour d’assises spécialement composée de Paris se sont retirés pour deux jours et demi de délibération. Ils devront répondre à 194 questions.

Ce procès atypique, débuté le 30 mars, frappe d’abord par le nombre et la gravité des faits jugés - 112 infractions, dont un meurtre et deux tentatives d’assassinat - mais aussi par le profil de ses nombreux accusés, dont plusieurs disent avoir été manipulés par de faux espions.

Deux anciens policiers des renseignements intérieurs, quatre militaires rattachés à la DGSE, des chefs d’entreprise… Pour la grande majorité insérés socialement, « cultivés » et sans antécédent judiciaire.

Une « forme inédite de criminalité organisée », selon le parquet général, qui a requis les peines les plus lourdes, 25 et 30 ans, à l’encontre des deux cerveaux des contrats criminels, présentés aux exécutants comme des missions « hors cadre » des services de renseignement.

La relation « fraternelle » entre Frédéric Vaglio, 55 ans, et Daniel Beaulieu, 72 ans, actifs au sein d’une loge maçonnique des Hauts-de-Seine, s’était progressivement muée en partenariat « commercial et criminel ».

  • Le Renard et le Bouc -

Chargé de décrocher les contrats - son catalogue de prestations pouvant aller jusqu’à l’assassinat d’un syndicaliste gênant -, Frédéric Vaglio s’est volontiers qualifié de « criminel » pendant les débats et n’a rien ajouté lors de sa dernière prise de parole.

À l’inverse, l’ancien agent Daniel Beaulieu, en fauteuil roulant depuis sa tentative de suicide en détention, s’est levé, soutenu par trois policiers, pour prononcer ses derniers mots.

L’as de la manipulation a demandé « pardon à la France » qu’il a « servie », ainsi qu’aux « victimes, pour ce que j’ai fait, accepté de faire et laissé faire », devant l’une de ses deux compagnes - il a mené une double vie pendant plus de vingt ans.

Leurs diserts avocats ont convoqué La Fontaine, chacun par une fable, pour tenter de décrypter la relation « irrationnelle » qui unissait jadis les deux frères.

« Le corbeau, c’est Beaulieu » avec « son passé de grand flic », lance Me Marc Pantaloni, Vaglio l’observant « par l’odeur alléché », « admiratif et aussi intéressé ».

Me Christian Saint-Palais, l’un des avocats de Vaglio, lui préfère « Le Renard et le Bouc » : Beaulieu en renard, son client en bouc descendu au fond du puits, et fait prisonnier.

Sébastien Leroy, contre lequel 22 ans de réclusion ont été réclamés, fait figure de chimère dans le dossier, manipulé et parfois manipulateur selon les versions.

L’ancien agent de sécurité et principal exécutant des missions d’Athanor, qui vénérait son « agent traitant » Beaulieu, a définitivement coupé le cordon pendant les débats.

Sa vie était « une farce », a rappelé Me Antoine Ory, l’un de ses avocats, qui a décrit, devant toute sa famille, la « croyance dans laquelle il s’était enfermé » pendant huit ans, dans cette « pyramide de Ponzi de la manipulation ».

Une « vie d’agent spécial », « fausse », a admis à haute voix Leroy, qui a également eu « un mot » pour la famille de Laurent Pasquali, l’unique meurtre du dossier dans lequel il reconnaît seulement son implication.

  • Ni témoins, ni images -

Leroy désigne son ancien meilleur ami Dylan Bilheude comme l’auteur du tir mortel, ce que ce dernier dément depuis sa première garde à vue.

Le sort du Breton de 33 ans, contre lequel le parquet général a requis 20 ans de réclusion, est l’un des enjeux du verdict de vendredi.

L’un de ses avocats, Me Victor Zagury, avait dénoncé la « parole contaminante » de Leroy dans un dossier où il n’y a « pas de témoins » ni « d’images ».

« Ca ne s’appelle pas la chance, ça s’appelle l’innocence », avait-il conclu.

Le couple qui avait missionné Frédéric Vaglio pour récupérer 100.000 euros auprès du pilote automobile a en revanche vu le parquet général requérir son acquittement des accusations de complicité de tentative de meurtre en bande organisée. « Cinq ans que j’attends ce moment et que je dis que je suis innocent », a lancé le médecin passionné de courses automobiles.

Agence France-Presse

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