Par Driss Rejichi Publié aujourd’hui à 19h00
Temps de Lecture 3 min.
Le dernier rapport du panel d’experts de l’Organisation des Nations unies (ONU) sur la Libye, qui a fuité le 30 mars, met en cause des figures-clés des deux camps rivaux du pays. A la fois des groupes armés de Tripoli, à l’Ouest, et des membres de la famille du maréchal Khalifa Haftar, résidant à Benghazi, dans l’Est. Sur 288 pages, les observateurs onusiens décrivent un « parapluie d’impunité permettant à certains individus de générer des flux de revenus toujours plus élevés ».
Parmi les noms les plus cités, celui d’un financier jusque-là passé sous les radars : Ahmed Gadalla. L’homme d’affaires est mentionné à 20 reprises par le panel d’experts, qui relie ses sociétés à une myriade d’activités illicites, de l’importation de véhicules militaires violant l’embargo libyen sur les armes au trafic de produits pétroliers. Jusque-là, son nom passait plutôt inaperçu. « Les hommes d’affaires, les diplomates et les banquiers savent qui tire les ficelles à Benghazi », explique un chercheur de l’ONG américaine The Sentry.
L’organisation publie, mardi 7 avril, un rapport consacré au « premier argentier de l’Est libyen ». Le document révèle d’abord comment Ahmed Gadalla a scellé son alliance avec le maréchal Haftar, en permettant le financement de son offensive (ratée) sur Tripoli, en 2019. Originaire de Benghazi, l’homme d’affaires avait alors utilisé son ancrage aux Emirats arabes unis pour obtenir un prêt de 300 millions de dollars (260 millions d’euros) auprès de la grande banque émiratie Al Masraf. Ces fonds avaient ensuite été « canalisés par les sociétés de Gadalla vers l’effort de guerre » du clan Haftar, selon l’ONG.
[…] Comme le panel d’experts de l’ONU, The Sentry regrette l’impunité dont continue de bénéficier l’intéressé à l’international. En plus de posséder un passeport du micro-Etat insulaire de Saint-Kitts-et-Nevis, dans la mer des Caraïbes, et des permis de résidence aux Emirats et au Canada, l’homme d’affaires mène un train de vie fastueux entre Dubaï, Londres, Milan ou Toronto sans être inquiété. « Il a même ses habitudes au Four Seasons, [un hôtel] près des Champs-Elysées », déplore un expert de The Sentry. Lire la suite.