TRIBUNE

« Que Jordan Bardella ose citer Marc Bloch est un outrage à toutes les victimes de la France collaboratrice des nazis »

Jeudi 30 octobre 2025

Dans une tribune au « Monde », les historiennes Joëlle Alazard et Annette Becker reviennent sur l’héritage du médiéviste et résistant Marc Bloch. Elles s’insurgent de « l’instrumentalisation des grandes figures humanistes par l’extrême droite ».

Joëlle Alazard et Annette Becker

Publié hier à 20h00 Temps de Lecture 3 min.

Dans une lettre adressée au ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez, du Parlement européen de Strasbourg le 21 octobre, Jordan Bardella s’en prend une nouvelle fois aux étrangers présents sur le sol français, reprenant la rhétorique stigmatisante forgée de longue date par son parti. Nous condamnons avec vigueur cette xénophobie qui dénature le projet politique de la nation française : depuis la Révolution, celle-ci se définit comme une communauté de citoyens unis par des valeurs partagées, non par l’exclusion de l’étranger.

Mais dans cette lettre, le président du Rassemblement national va plus loin, tentant d’instrumentaliser l’immense médiéviste Marc Bloch, ancien professeur à l’université de Strasbourg et cofondateur de l’école des Annales : « Comme l’écrivait Marc Bloch, historien et héros de la Résistance auquel la nation rendra hommage en l’accueillant au Panthéon le 16 juin 2026 : “Notre peuple mérite qu’on se fie à lui et qu’on le mette dans la confidence.” Ces mots résonnent avec force aujourd’hui. »

L’Etrange Défaite [paru pour la première fois en 1946] n’est pas un recueil de citations pieuses dans lequel piocher selon les besoins du moment. C’est un réquisitoire implacable, un livre de résistance écrit pendant l’été 1940 contre le maréchal Pétain et tous ceux qui allaient collaborer avec les nazis. Lire la suite.

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