Mémoire

Quand le théâtre immersif plonge l’Etat dans les rouages glaçants de Vichy

Dimanche 17 mai 2026

Le verbatim d’une réunion de décembre 1940 sur l’application de la loi « portant statut des Juifs », premier texte antisémite du régime, a été retrouvé et transformé en pièce. Pour les spectateurs, et notamment les hauts fonctionnaires de Bercy, la résonance avec le présent est saisissante.

Par Anne-Sophie Lechevallier Publié le 16/05/2026 à 12h22

Le malaise va grandissant. Autour d’une longue table rectangulaire, de vrais hauts fonctionnaires de Bercy, les spectateurs, sont assis entre les acteurs qui interprètent des hauts fonctionnaires du régime de Vichy. Le froissement des feuilles qui se tournent et des improvisations de piano marquent chaque changement de sujet pendant cette réunion interministérielle qui se déroule, ce mardi du début de printemps, dans une grande salle du bâtiment ministériel consacré à l’économie et aux finances. Au fil des répliques glaçantes de pointillisme et des apartés accablants de nonchalance, chacun, à sa manière, exprime sa gêne. Des visages blêmissent, des bras se croisent contre les poitrines, des yeux s’embuent.

Les dialogues de cette pièce de théâtre, Jouer l’archive, créée et mise en scène par Keti Irubetagoyena, qui affiche une centaine de représentations depuis quatre ans, ne sont pas ceux d’un dramaturge, mais ceux des hauts fonctionnaires réunis dans l’hôtel thermal de Vichy le 16 décembre 1940 à 10 heures du matin. Il s’agit de faire le point sur l’entrée en vigueur, trois jours plus tard, de la loi prise le 3 octobre et publiée au Journal officiel le 18, celle « portant statut des Juifs ». Son article 7 prévoit que « les fonctionnaires juifs cesseront d’exercer leurs fonctions dans les deux mois qui suivent la promulgation de la loi ». Lire la suite.

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