Agence France-Presse 4 novembre 2026 à 00h05
La Hongrie ouvre mercredi l’accès aux dossiers de la police politique de l’époque communiste, ce qui devrait donner accès aux noms de dizaines de milliers d’informateurs, une reconnaissance longtemps refoulée du passé répressif de ce pays de l’ex-Pacte de Varsovie soumis à l’URSS.
Depuis la transition démocratique après la chute du régime communiste en 1990, les efforts pour ouvrir pleinement les archives ont régulièrement échoué, des voix s’élevant pour dénoncer la réticence du pouvoir face à la possible mise en cause de personnalités politiques toujours en activité.
Le Premier ministre Peter Magyar, 45 ans, un nouveau venu qui a mis fin au règne du Premier ministre nationaliste Viktor Orban sur la promesse d’un « changement de régime » aux élections d’avril, a été à l’initiative de l’adoption en septembre d’une loi ouvrant pour la première fois au grand public un accès sans limites aux archives.
Avant le vote, Viktor Orban avait rejeté de nouvelles affirmations selon lesquelles il avait été un informateur de la police politique communiste, allant jusqu’à partager sur Facebook des documents censés montrer une tentative infructueuse de le recruter durant son service militaire dans les années 1980.
Une base de données numérisée et dotée d’un moteur de recherche, contenant les noms et fiches d’environ 50.000 à 60.000 informateurs du régime communiste doit ouvrir mercredi matin sur un site internet dédié.
« Mieux vaut tard que jamais. Nous obtenons l’accès à bien plus d’informations qu’avant sur ceux que les autorités avaient recrutés, et sur la manière dont l’appareil sécuritaire travaillait à l’époque », dit à l’AFP l’historien Laszlo Eorsi, de la fondation Institut 1956, dont le nom fait référence à l’année du soulèvement de Budapest réprimé dans le sang par l’armée soviétique.
Une seconde série d’archives, qui offrent davantage de détails sur environ 9.000 des informateurs, ne sera disponible qu’en février, certaines informations, comme celles concernant l’orientation sexuelle des personnes, devant être cachées.
- Surveillance -
La Hongrie a vécu de 1949 à 1989 sous le règne du parti unique communiste, qui réprimait toute dissidence.
Comme en Allemagne de l’Est et dans d’autres parties de l’ex-bloc soviétique lors de la Guerre froide, les autorités avaient recours à un réseau étendu d’informateurs pour surveiller la population.
Ceux-ci étaient souvent recrutés sous la contrainte, et chargés de rendre compte de tout éventuel signe de déloyauté à l’égard du régime parmi leurs collègues, amis, et même dans leur famille.
La police secrète a employé un total de 150.000 informateurs en quatre décennies, selon les estimations des archives d’État, mais des données ne sont plus disponibles que sur environ un tiers d’entre eux.
Beaucoup de dossiers sont considérés comme ayant été détruits durant le soulèvement de 1956, ou lors de la chute du régime.
Les débats sur l’ouverture des archives ont traversé toute la période en Hongrie depuis la chute du communisme.
En 2002, quelques semaines après son accession au pouvoir, le Premier ministre socialiste Peter Medgyessy s’était trouvé compromis après qu’avait été révélé son rôle d’agent de la police politique durant la période communiste.
Son cas avait entraîné de nouveaux appels à la transparence, et le Parlement avait adopté en 2003 une loi permettant aux personnes ayant été surveillées d’apprendre qui avait fourni des informations sur elles.
Mais l’accès aux archives avait été pour le reste réservé aux chercheurs, qui devaient obtenir l’autorisation des archives de la sécurité de l’État.
Des historiens ont mis en garde contre la tentation désormais de juger de personnes sur la seule foi de la présence de leur nom sur les listes d’informateurs.
« Je connais un certain nombre de cas dans lesquels une personne avait été recrutée, mais n’avait pas fourni d’informations et dans les faits avait pris un énorme risque en se retournant contre les autorités. Certains devraient être considérés comme des héros », dit M. Eorsi.
Il estime que l’ouverture des dossiers « pourrait créer un peu d’hystérie dans les mois à venir » en Hongrie.
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