La Banque du Liban désormais partie civile dans l’enquête française sur les « biens mal acquis »

Mercredi 22 avril 2026

La Banque du Liban s’est constituée partie civile dans l’enquête française visant les possibles « biens mal acquis » de Riad Salamé, alors que les avocats de cet ex-gouverneur demandent « une suspension » des investigations françaises jusqu’à son procès au Liban, a appris l’AFP mercredi de sources concordantes.

Agence France-Presse 22 avril 2026 à 14h30

La Banque du Liban s’est constituée partie civile dans l’enquête française visant les possibles « biens mal acquis » de Riad Salamé, alors que les avocats de cet ex-gouverneur demandent « une suspension » des investigations françaises jusqu’à son procès au Liban, a appris l’AFP mercredi de sources concordantes.

Le gouverneur de la Banque du Liban, Karim Souaid, « a été entendu » à Paris en janvier dans le cadre « d’une audition de partie civile », a indiqué une source judiciaire. « Dans l’hypothèse d’un renvoi, d’un procès et d’une condamnation, la Banque du Liban pourrait demander réparation d’un éventuel préjudice dont elle justifierait ».

L’instruction française avait été ouverte en juillet 2021, pour blanchiment en bande organisée et association de malfaiteurs, en parallèle d’enquêtes européennes ou libanaise.

En mai 2023, une juge a délivré un mandat d’arrêt international à l’encontre de Riad Salamé, soupçonné de s’être constitué un riche patrimoine immobilier et bancaire en Europe et aux Etats-Unis via un montage financier complexe, un détournement massif de fonds publics libanais et la complicité de nombreux protagonistes.

« Pour les Libanais, l’affirmation de la volonté de coopération avec la justice française de la nouvelle gouvernance de la Banque du Liban est un signe encourageant » pour reconstituer « des pièces essentielles du grand puzzle mafieux libanais », ont estimé auprès de l’AFP William Bourdon et Vincent Brengarth, avocats du Collectif des victimes des pratiques frauduleuses et criminelles au Liban (CVPFCL) et de l’association anticorruption Sherpa, aussi parties civiles.

Depuis 2019, le Liban est plongé dans une crise économique inédite, imputée par une grande partie de la population à la mauvaise gestion, la corruption, la négligence et l’inertie de la classe dirigeante qui était en place depuis des décennies.

Riad Salamé, à la tête de la Banque du Liban entre 1993 et juillet 2023, est accusé d’être l’un des principaux responsables. Mais il a toujours défendu son bilan, affirmant être un « bouc émissaire ».

A Beyrouth, la justice a ordonné en janvier un procès contre Riad Salamé, soupçonné d’avoir détourné 44 millions de dollars, d’après une source judiciaire libanaise qui a requis l’anonymat. La date de l’audience n’est pas encore fixée.

Ses avocats, Mes Pierre-Olivier Sur, Sofia Bougrine et Clara Gérard-Rodriguez ont indiqué à l’AFP « prendre acte » de ce renvoi. Mais ils estiment « indispensable que les juges d’instruction français suspendent leurs investigations, jusqu’à ce que les juridictions pénales libanaises se soient définitivement prononcées sur les faits reprochés à Riad Salamé ».

« Il en va non seulement d’un souci de cohérence, de respect de la compétence territoriale des juges libanais, mais aussi d’une bonne administration de la justice », ont-ils fait valoir.

Agence France-Presse

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