Contrechamp

L’insolent succès des jets privés

Lundi 27 janvier 2025

Cette année encore, la tenue du WEF à Davos aura occasionné un afflux de jets privés. L’occasion d’un portrait-robot de ce secteur si particulier des transports aériens entre positionnement de luxe – et énorme empreinte carbone pour une poignée d’élues – et controverses, par le géographe Raymond Woessner, spécialiste des transports.

dimanche 26 janvier 2025 Raymond Woessner

Le Forum économique mondial (WEF) s’est tenu à Davos du 20 au 24 janvier. Se pose la question de l’empreinte carbone du sommet, du fait des nombreux jets privés de ses participantes qui affluent en Suisse 1. Une critique régulièrement balayée par le lobby de l’aviation d’affaires européenne 2, pour qui les jets privés ne représenteraient que « 2% des émissions de l’aviation civile qui, elle-même, est responsable de 2% des émissions mondiales de gaz à effet de serre, soit 0,04% des émissions mondiales 3 ».

[…] Jets privés et paradis fiscaux.

L’univers de l’aviation d’affaires est aussi celui des paradis fiscaux, des trafics divers et des narcotrafiquants. Il est possible de se mettre sa fortune à l’abri des regards grâce aux jets privés. Ainsi, en février 2022, la Russie a enregistré plus de 1000 vols privés au départ du pays, avec un pic d’activité de 300 mouvements entre le 24, jour de l’attaque russe contre l’Ukraine, et le 27 février. Les vols se sont éparpillés vers 52 pays, mais la France a en a accueilli 105, essentiellement à Nice, la Suisse 104 (Genève), le Royaume-Uni 71 (Londres). Vienne, Helsinki et Chypre viennent ensuite, puis, hors Europe, Dubai et les Maldives. Ces chiffres, issus du site FlightRadar24, livrent une cartographie des lieux de prédilection des oligarques et autres Russes fortunés.

En 2018 déjà, l’Union européenne avait adressé une lettre de mise en demeure au Royaume-Uni 22 pour pratiques abusives en matière de TVA. L’UE visait alors l’île de Man, en mer d’Irlande et propriété du roi Charles III, où plus de 400 avions étaient enregistrés comme des jets d’affaires – le double du nombre affiché par le Royaume-Uni. Ceci classait l’île au sixième rang mondial, derrière les Etats-Unis, de loin numéro un, le Brésil, le Mexique, le Canada et l’Allemagne. La simplicité est remarquable : il suffit d’atterrir à Man avec un avion neuf et d’y rester deux heures pour s’y faire enregistrer, sans aucune charge fiscale 23. Le Brexit a mis fin aux velléités de l’UE. Pour un cabinet d’avocats britannique, la sortie de l’UE par le Royaume-Uni a ouvert « a new avenue of opportunity » 24 pour l’île de Man. Lire la suite.

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