Histoire 11min Publié le 17 septembre 2026 Diego Chauvet
Avec La Bascule. Allemagne, 1933, paru chez Gallimard, Johann Chapoutot poursuit son exploration des mécanismes qui ont porté les nazis au pouvoir. Dans cet entretien réalisé à l’Agora de la Fête de l’Humanité, l’historien revient sur le rôle des élites, la résistance du monde ouvrier, la « soumission anticipative » et l’absence de fatalité dans l’histoire. Une plongée dans 1933 qui résonne fortement avec les renoncements, les calculs et les complaisances à l’œuvre aujourd’hui face à l’extrême droite.
Lorsque Hitler est nommé chancelier en 1933, le gouvernement ne compte que trois ministres nazis sur douze. Comment parvient-il à s’emparer de tous les pouvoirs en six mois ?
Johann Chapoutot Historien français, spécialiste de l’histoire du nazisme
Le titre de mon livre, la Bascule, est important. Nous reprenons volontiers les mots des nazis eux-mêmes, notamment l’expression « prise de pouvoir », alors qu’on l’avait vu avec les Irresponsables (le précédent livre de Johann Chapoutot, paru en 2025, NDLR) : ils n’ont rien pris, puisque le pouvoir leur a été donné. Une fois installés, ils ont investi la place avec beaucoup d’opiniâtreté et de travail.
Leur saisie de l’Allemagne est aussi facilitée par la capitulation, l’aplaventrisme ou la résignation de ceux d’en face. Fin janvier 1933, cette coalition entre la droite et l’extrême droite était loin d’être acquise. Ce qu’on présente comme une nécessité historique relevait au contraire de la contingence.
Dans les journaux de début février, c’est d’abord la bonne affaire de la droite, qui a su, par boursicotage, acheter les nazis à la baisse. Puis intervient la bascule : quelque chose qui n’avait rien de nécessaire ni d’irrésistible mais qui, comme le dit Bertolt Brecht, était éminemment résistible. Une bascule n’est ni un raz-de-marée ni une avalanche : une contre-force peut s’y opposer.
Qui leur permet de consolider leur pouvoir ?
Les mêmes acteurs que je décris dans les Irresponsables. Lire la suite.