Par Eléonore Disdero Publié le 27/11/2025 à 9h05
Dans les forêts de l’île d’Halmahera, en Indonésie, une mine de nickel étend ses puits, ses routes et ses camions vers les terres autochtones des Hongana Manyawa. Ce peuple de chasseurs-cueilleurs compte environ 3 500 personnes qui habitent des villages, et 500 nomades qui refusent tout contact extérieur. Ngigoro était l’un d’entre eux. Jusqu’à ses 12 ans, entouré de ses parents, il a vécu au plus profond de la jungle, survivant grâce à la chasse, la pêche et à l’eau particulièrement pure des rivières, qu’il buvait à la source. « Toute notre vie était tournée autour de la nourriture et de comment nous pouvions nous en procurer », raconte-t-il.
Assis le mardi 25 novembre dans les locaux parisiens de l’ONG Survival International, qui défend les droits des peuples autochtones , Ngigoro, 64 ans, et son amie du peuple Tobelo, Dewi Anakoda, 32 ans, racontent leur périple jusqu’en France. « J’ai mis quatre couches pour supporter le froid » , sourit Dewi Anakoda. Ngigoro, lui, ne quitte pas son bonnet et frissonne à chaque courant d’air. C’est la première fois qu’il quitte son île et il répète à quel point notre pays lui semble étrange. S’ils ont décidé de braver les températures hivernales et la grisaille de la capitale, c’est pour alerter le gouvernement français des activités de son fleuron minier, Eramet. Ce jeudi, les deux représentants autochtones seront devant le siège, dans le XVe arrondissement de Paris, aux côtés des militants de Survival International et de Canopée pour braquer la lumière médiatique sur leur cause.
Car Eramet est actionnaire (38,7 % des parts) de Weda Bay, la plus grande mine de nickel au monde, qui grignote les forêts indigènes d’Halmahera depuis 2019. La société chinoise Tsingshan, numéro 1 mondial de l’acier inoxydable, en est l’actionnaire majoritaire. Le nickel, hautement stratégique et dont l’Indonésie est le premier producteur mondial, sert notamment à fabriquer des voitures électriques. Lire la suite.