Expo

« Une histoire du cinéma français, héritages maghrébins » : à Paris, soixante ans de transmissions

Vendredi 30 octobre 2026

Des films militants aux comédies populaires, le palais de la Porte Dorée célèbre la vitalité artistique et les contributions de l’immigration arabe sur les écrans.

Par Sandra Onana Publié aujourd’hui à 6h52

Indigènes de Rachid Bouchareb a vingt ans. A Cannes, les acteurs Jamel Debbouze, Roschdy Zem, Sami Bouajila, Samy Naceri, Bernard Blancan chantaient, en recevant leur prix d’interprétation collectif : « C’est nous, les Africains, qui revenons de loin… » Le film marquait un tournant dans la reconnaissance des anciens combattants des colonies en 39-45, et la revalorisation de leurs pensions. Son sacre s’étale en grand sur le mur d’entrée d’« Une histoire du cinéma français : héritages maghrébins », qui commence tapis rouge au sol. C’est la première fois, depuis sa création en 2007, que le musée de l’Histoire de l’immigration accueille une expo sur le cinéma, qu’il a voulu « intelligente et populaire ». L’histoire qu’elle célèbre a tout à voir avec ce cri de ralliement, qui dit « c’est nous », faites place, puisqu’on est là. Des précurseurs du cinéma militant post-indépendances aux rejetons de la génération Debbouze, ils entrent donc au musée.

Une affaire de fiertés, programmée pour refermer la saison Méditerranée, et « donner de la force » vu l’effroi du compte à rebours électoral. « On n’a absolument pas voulu faire une exposition sur les représentations de l’immigration au cinéma, qui n’ont pas toujours évolué de manière très positive. Ce qu’on a voulu raconter, c’est l’apport des cultures issues du Maghreb dans le cinéma français », explique la co-commissaire Lucile Humbert Beldjoudi. La figure tutélaire de Mehdi Charef (le Thé au harem d’Archi Ahmed), disparu en juin, n’est jamais loin. L’expo lui est dédiée. On voit d’ici ses dilemmes, les migraines sémantiques. L’embarras des biais institutionnels imposés du dehors à une histoire complexe, que des « artistes associés » ont bien voulu légitimer de leurs voix, en témoignant de ce que ce patrimoine représente pour eux. « Nouveaux récits », « nouveaux visages », scande avec prudence l’ouvrage collectif édité chez La Martinière, qui questionne les expressions repoussoirs, « cinéma beur », « banlieue ». Lire la suite.

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