Hommage

La disparition de Frederick Wiseman vue par Romain Huret : « Son cinéma a montré très tôt ce qui se jouait aux Etats-Unis »

Mercredi 18 février 2026

L’historien des Etats-Unis, président de l’EHESS, revient sur le cinéma hautement politique du documentariste sans jamais chercher à théoriser.

Par Clémence Mary Publié le 17/02/2026 à 20h04

« Son œuvre a été très importante pour moi car c’est le film Welfare qui m’a conduit à m’intéresser aux politiques sociales américaines. J’ai plongé avec lui dans cette facette de l’Amérique des années 70, peu visible jusqu’alors. Avec sa façon de ne pas juger, ni interpréter, mais de capter toutes les personnes présentes à l’intérieur du cadre, de les montrer sans imposer de point de vue, Wiseman pose des questions aux sciences sociales, à leur manière d’écrire et de raconter le monde.

« Il s’est toujours intéressé aux personnes du quotidien, avec une volonté de décrire l’épaisseur des mondes sociaux sans chercher à théoriser ou à monter en généralité. Il se méfiait d’ailleurs des sciences sociales et des interprétations globalisantes. Il regardait les institutions comme des mondes souvent fermés sur eux-mêmes, comme un tout. Il n’est jamais en surplomb, reproche qu’on adresse parfois aux sociologues.

« Wiseman nous donne les moyens de comprendre la société sans porter de message politique. A ce titre, il est assez proche du sociologue américain Howard Becker, qu’il fréquentait à Paris et avec qui il partageait cette approche par le bas, prudente, loin des grandes envolées lyriques. Lire la suite.

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