« Si les gouvernements peuvent fabriquer la pauvreté, ils peuvent aussi l’éradiquer »

Mercredi 10 juin 2026

La pauvreté et les inégalités ne sont pas le fruit du hasard, mais « les conséquences prévisibles de choix politiques », affirme un collectif de personnalités dont Olivier De Schutter, Thomas Piketty, Kate Raworth et Joseph Stiglitz, dans un manifeste publié dans « Le Monde ». Pour eux, il est temps de transformer les règles de l’économie mondiale.

Publié aujourd’hui à 05h00 Temps de Lecture 6 min.

Nous vivons à l’ère de la pénurie artificielle. Dans un monde plus riche que jamais, plus d’un dixième de la population mondiale vit encore dans l’extrême pauvreté. Des millions de personnes n’ont pas les moyens de se nourrir, de se loger ou de se soigner correctement, tandis qu’une infime minorité accumule une richesse et un pouvoir sans précédent. Parallèlement, sécheresses, mégafeux, inondations et vagues de chaleur nous rappellent que nos économies poussent la planète au-delà de ses limites.

Ces deux crises ne sont pas séparées. Elles sont l’une et l’autre des symptômes d’un modèle économique qui est à bout. La pauvreté et les inégalités ne sont pas le fruit du hasard, elles sont les conséquences prévisibles de choix politiques : elles découlent de la manière dont nous concevons les systèmes fiscaux, dont nous réglementons le marché du travail, dont nous valorisons le « care » [le soin aux autres], ou dont nous organisons les services publics ; elles résultent de la manière dont le pouvoir politique est réparti et du poids que nous accordons aux différents intérêts. Lorsque des personnes sont privées des moyens de vivre dans la dignité et de participer pleinement à la vie de leur société, leurs droits fondamentaux sont bafoués.

Cependant, si les gouvernements peuvent fabriquer la pauvreté, ils peuvent aussi l’éradiquer. Pendant des décennies, il est vrai, la recette était simple : il fallait faire croître l’économie, et la pauvreté disparaîtrait progressivement. Mais la promesse d’une croissance économique au bénéfice de tous et toutes n’a pas été tenue. Alors que les revenus nationaux augmentaient, les salaires réels stagnaient, les emplois sont devenus plus précaires et les services publics ont été réduits. Tandis que les plus riches se sont enrichis de façon spectaculaire, les plus pauvres se tournent, chaque fois plus nombreux, vers les banques alimentaires. Lire la suite.

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