Agence France-Presse 28 avril 2025 à 20h36
Voitures, montres de luxe et « ruissellement d’espèces » : le procès du réseau présumé de blanchiment international de la bande criminelle corse du « Petit Bar » a repris lundi à Marseille, après six semaines d’audience et trois de suspension, avec le début du réquisitoire du ministère public.
« Allons-nous sonner le glas de ce clan, le Petit Bar ? », a lancé lundi Isabelle Candau, l’un des deux procureurs de la juridiction interrégionale spécialisée (JIRS), compétente en matière de criminalité organisée, en ouverture des réquisitions prévues jusqu’à mercredi devant le tribunal correctionnel de Marseille.
Pour la magistrate, loin d’être un « fantasme judiciaire » ou une « construction journalistique », le Petit Bar est bel et bien « un clan criminel qui imprime sa marque sur Ajaccio », notamment en validant « le choix des candidats à la mairie », et qui a « généré un certain nombre de règlements de comptes », au fil des années.
Une « équipe pérenne dont la composition n’a que très peu bougée » depuis 2006, date de la première évocation de ce groupe associé au café ajaccien où ils se réunissaient. Une bande qui pourrait aussi porter le nom des marques de luxe qu’ils affectionnent et qui gère « une manne financière colossale », selon la procureure.
Depuis fin février, 24 prévenus, dont plusieurs membres du clan, qui nient jusqu’à l’existence même de la bande, comparaissent dans ce dossier tentaculaire portant notamment sur des investissements immobiliers à Courchevel (Savoie) et l’achat de montres de luxe, pour plusieurs dizaines de millions d’euros.
« En dix ans de JIRS, c’est la première fois que je vois une telle mise en commun des biens et des moyens » au sein d’une bande, insiste la procureure en parlant de « méthode Petit Bar ».
A la tête de ce clan « hiérarchisé » et « très paternaliste », elle pointe le grand absent de ce procès : Jacques Santoni, « l’intouchable », le « chef incontesté et incontestable ».
- « Ruissellement d’espèces » -
Poursuivi pour blanchiment aggravé, complicité d’extorsion, tentative d’extorsion et participation à une association de malfaiteurs, celui qui est tétraplégique depuis un accident de moto en 2003 ne s’est présenté à aucune audience, « jouant sur son état de santé pour ne pas affronter ses juges », selon la magistrate.
Parmi les 23 autres prévenus figurent ses bras droits présumés, ses « pièces maîtresses » selon les termes de la procureure : Michael Ettori, le « comptable », le « métronome des deniers du clan », et Pascal Porri, le seul comparaissant détenu, lié à Jacques Santoni « à la vie, à la mort », selon l’expression de ce dernier sur des écoutes.
« Relais essentiel entre la Corse et le continent », la procureure présente également André Bacchiolelli comme « l’homme de l’ombre, celui qui assure la présence sur Ajaccio », « qui transporte » une partie du « ruissellement d’espèces » généré par la bande. Il « fait les enveloppes » et les « remet à ceux qu’il faut corrompre », dont « un juge » non identifié qui aurait reçu « 30.000 euros », ou à des « clans amis » comme celui de Dominique Costa, dit « Mimi », avance-t-elle.
A l’image de leur chef, ils contestent tous les faits et encourent 20 ans de réclusion, étant tous les quatre en état de récidive légale. Ettori, comme trois autres prévenus, est en fuite et objet d’un mandat d’arrêt.
Sont également poursuivies les ex-compagnes des principales figures du clan, accusées par la procureure de contribuer à « fournir des justifications » à l’argent sale du groupe ou d’en bénéficier.
Jean-Laurent Susini, beau-frère de Jacques Santoni, se serait ainsi servi, selon elle, d’un véritable gain au loto de 4 millions d’euros comme d’« une justification maladroite » des fonds du clan, tout en participant au « comptage » des billets, enregistré pendant des heures lors des écoutes dans les différents appartements des prévenus.
Elle pointe également plusieurs hommes d’affaires comme étant « des relais pour entrer dans un sérail ».
Ainsi, Antony Perrino, poids lourd de l’immobilier en Corse et « ami d’enfance » de plusieurs membres, est vu comme un « prête-nom du Petit Bar » quand l’homme d’affaire multimillionnaire Jean-Pierre Valentini est lui présenté comme un « facilitateur ».
Le réquisitoire doit se poursuivre mardi et mercredi, avant les plaidoiries de la défense à partir de mardi 6 mai.
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