En débat 10min Publié le 11 septembre 2026 Latifa Madani
Historien reconnu et infatigable des questions coloniale et raciale, Alain Ruscio apporte un éclairage nouveau et précieux sur la colonisation, « partie constitutive de l’histoire de la nation française ». Dans deux ouvrages, l’un paru en mai, l’autre ce mois de septembre, il déconstruit l’idée reçue et récurrente « des bienfaits de la colonisation ».
Dans le Maroc, faux protectorat, vraie colonie. Fragments d’histoire, 1904-19561, il démontre comment le protectorat ne fut qu’un habillage juridique pour une colonie dont il ne manquait que le nom. Son analyse couvre quatre décennies de domination française, depuis le lobby colonial du Comité du Maroc et la conférence d’Algésiras au début du XXe siècle jusqu’à l’indépendance arrachée en 1956. Il relate des moments saillants de la violence coloniale et de la constance de la résistance. Ainsi, « la première grande expérimentation de guerre chimique contre toute une population », à laquelle participa le « mythique »
Lyautey, eut lieu pendant la guerre du Rif. Alain Ruscio rappelle le coût humain des « pacifications », la famine, les destructions et l’institutionnalisation à grande échelle de la prostitution. « Les colonialistes n’avaient aucune limite dans la répression », écrit-il. Non, la France n’a pas « protégé » le Maroc et il n’y a pas de colonisation « douce » comme veut encore le faire croire une frange de plus en plus large de la classe politique. « La colonisation fut l’histoire française. Et elle l’est restée », explique l’auteur dans le Temps des colonies. Une histoire française2, son second opus paru début septembre. Lire la suite.