Entretien

80 ans après Nuremberg : « Il n’y a jamais eu autant de responsables en exercice recherchés pour crimes contre l’humanité »

Dimanche 30 novembre 2025

Les procès de dignitaires nazis en 1945 ont marqué un tournant dans la lutte contre l’impunité d’Etat. Professeur de droit public, Olivier de Frouville en tire les enseignements pour la traque des criminels de masse aujourd’hui, de la Russie au Soudan, en passant par la Birmanie et Israël.

Par Arnaud Vaulerin Publié aujourd’hui à 8h00

Les procès de dirigeants nazis en novembre 1945, à Nuremberg, ont posé les bases d’un nouvel ordre judiciaire international. Quatre-vingts ans après le début de ces audiences, l’impunité des dirigeants et des criminels de masse est de plus en plus remise en question, même si l’idée d’une justice internationale est combattue par les puissances illibérales. Mandats d’arrêts contre Vladimir Poutine , Benyamin Nétanyahou , Omar El-Béchir , Min Aung Hlaing , condamnations de Ratko Mladic , Radovan Karadzic , Hissène Habré , etc.

[…] On juge au nom de l’humanité et également au nom des vainqueurs. Est-ce l’une des caractéristiques de la justice pénale internationale ?

C’est flagrant à Nuremberg et au tribunal pour l’Extrême-Orient de Tokyo. La justice des vainqueurs est moins évidente après. Dans le cas du tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY), il ne s’agit pas d’un tribunal de vainqueurs, c’est un alibi d’impuissance.

Que voulez-vous dire ?

Au début des années 1990, l’ex-Yougoslavie explose sous la force centrifuge des nationalismes. Les Européens sont divisés et impuissants face à une guerre contre les civils, une épuration ethnique et au retour des camps en Europe. Personne n’a envie d’intervenir militairement. On envoie les Casques bleus, on crée le TPIY en 1993, faute de mieux. Mais ce n’est pas un tribunal de vainqueurs, il démarre en pleine guerre. Au Rwanda, le TPIR a été créé un peu comme une forme de réparation, a posteriori, après que le monde a assisté, sidéré et sans rien faire, à trois mois de génocide contre les Tutsis. Lire la suite.

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