Enquête

« Personne ne vous parlera ici, les gens ont trop peur » : sur les traces des trafiquants de cacao en Côte d’Ivoire

Jeudi 27 novembre 2025

La Côte d’Ivoire, premier producteur mondial de cacao, voit chaque année une partie de sa production de fève lui échapper et alimenter la contrebande dans les pays voisins. Ce trafic, qui pourrait contaminer jusqu’au marché européen, déstabilise une filière pourtant vitale pour les finances du pays.

Par Pierre Favennec Publié le 26 nov. 2025 à 17:00

Lorsqu’on évoque le sujet de notre reportage, Alexandre Niamien lance autour de lui des regards inquiets avant de baisser la voix : « Personne ne vous parlera ici, les gens ont trop peur. Le cacao, c’est le nerf de la guerre… »

[…] Des routes déjà utilisées pour acheminer des armes

À Danané, le manège de ces contrebandiers est bien connu. « Ils viennent directement à vous, ils achètent votre production au-dessus des prix du marché, puis ils se chargent de la faire passer de l’autre côté de la frontière. Vous n’avez rien à faire, juste à empocher l’argent ! » raconte aux « Echos » un autre planteur qui a souhaité rester anonyme et se défend de participer au trafic.

« Les trafiquants connaissent bien les pistes qui relient la Guinée ou le Liberia. Ces routes ne sont pas nouvelles : elles sont utilisées pour la contrebande depuis très longtemps », rappelle Nicko Debenham, spécialiste du cacao qui a conseillé plusieurs gouvernements d’Afrique de l’Ouest sur le sujet et présidé la World Cocoa Foundation. Selon cet expert, ces chemins de brousse, où la végétation abondante permet de se déplacer en toute discrétion, étaient déjà utilisés pendant la guerre civile ivoirienne dans les années 2000 pour « convoyer des armes  ». Lire la suite.

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