Tribune

« La journaliste russe Anna Politkovskaïa considérait qu’une société qui accepte le mensonge finit par accepter aussi la violence »

Eric Bergkraut
Mercredi 7 octobre 2026

Il y a vingt ans, la journaliste était assassinée, à l’instigation des services secrets russes. Le documentariste Eric Bergkraut, qui l’a bien connue, rappelle, dans une tribune au « Monde », son combat pour la vérité et contre la propagande du Kremlin, un combat plus nécessaire que jamais alors que Vladimir Poutine continue de tuer.

Publié aujourd’hui à 08h30 Temps de Lecture 4 min.

Le 7 octobre, Vladimir Poutine fête son 74e anniversaire. Ce même jour marque les 20 ans de l’assassinat de la journaliste Anna Politkovskaïa [1958-2006], exécutée dans l’entrée de son immeuble, à Moscou. Le tueur l’y attendait ; ses complices avaient suivi Anna toute la journée et l’avaient tenu informé de ses déplacements…

Pour Anna Politkovskaïa, une société qui accepte le mensonge finit par accepter aussi la violence. Ses reportages écrits en Tchétchénie pendant et après la guerre dénonçaient les mensonges propagandistes effarants des forces d’occupation russes. Et le recours effréné à la violence physique dans un espace pratiquement dépourvu de droits. Elle savait à quel point elle prenait des risques, mais aussi à quel point c’était inacceptable.

Je me souviens comment, à la rédaction moscovite de la Novaïa Gazeta, elle attendait de savoir si le rédacteur en chef, Dmitri Mouratov, allait valider son dernier article, si elle n’était pas allée trop loin pour un journal qui, dès 2004, vivait dans la crainte permanente d’être fermé par les autorités. Telle était la situation, et pourtant, on avait l’impression que tout n’était pas encore perdu. Qui aurait pu imaginer que, vingt ans plus tard, Vladimir Poutine serait toujours au pouvoir et mènerait une guerre qui coûterait la vie à des millions de personnes ?

J’ai fait la connaissance d’Anna après la fin de la seconde guerre de Tchétchénie (1999-2000), le premier conflit lancé par Poutine. Elle se rendait sans cesse dans le Caucase, parlant de « voyages de service » : cette guerre était à ses yeux une catastrophe pour toute la Russie. Elle estimait qu’elle s’est infiltrée dans les pores de chacun : ceux qui ne se pliaient pas aux règles étaient réduits au silence.

Mon film Coca, la colombe de Tchétchénie (2005) montrait comment des femmes tchétchènes, munies d’un appareil photo et d’un bloc-notes, documentaient les atrocités commises par l’armée russe. Elles ont œuvré, en vain, pour que la Cour internationale de justice de l’ONU condamne les coupables sur la base de leurs recherches Lire la suite.

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