Par Pascal Riché Publié le 12 février 2025 à 06h00
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Histoire d’une notion. Dans son discours d’adieu, le 15 janvier, Joe Biden a lâché le mot : « Aujourd’hui, une oligarchie prend forme en Amérique, avec une richesse, un pouvoir et une influence extrêmes, qui menacent littéralement notre démocratie. » Les requêtes sur Google en vue de comprendre ce que signifiait « oligarchie » ont alors grimpé en flèche. Le concept était jusque-là confiné aux milieux académiques ou militants (de gauche), qui l’appliquaient au capitalisme contemporain. Avec Joe Biden, il est devenu mainstream. Il est vrai que le spectacle donné par Donald Trump et sa bande de milliardaires (Elon Musk, Peter Thiel, Jeff Bezos, Vivek Ramaswamy et bien d’autres…) a rendu le phénomène palpable.
Le mot n’est pas né d’hier. Platon (v. 428-v. 348 av. J.-C.) et Aristote (384-322 av. J.-C.) dissertaient déjà sur l’oligarkhiae, littéralement l’exercice du pouvoir (arkhô) par le petit nombre (oligos). Dans La Politique, Aristote avait dressé une typologie de six gouvernements. Au service du bien commun, trois étaient légitimes : monarchie, aristocratie, république. Trois autres étaient leurs équivalents corrompus : tyrannie, oligarchie, démocratie. Avec le temps, la démocratie a perdu son caractère péjoratif, mais l’oligarchie, elle, l’a gardé intact. Et son sens n’a guère changé depuis le IVe siècle avant J.-C. : une oligarchie est un régime dans lequel la souveraineté est exercée par un petit groupe de citoyens privilégiés agissant dans leur propre intérêt. Lire la suite.