Agence France-Presse 3 septembre 2024 à 16h59
L’ancien gouverneur de la Banque du Liban (BDL), Riad Salamé, soupçonné de corruption dans son pays et à l’étranger, a été arrêté mardi à Beyrouth pour des soupçons de « détournement de fonds » publics.
M. Salamé a été gouverneur de la banque centrale de 1993 jusqu’en juillet 2023, et beaucoup l’accusent, avec les dirigeants politiques auxquels il est étroitement lié, de l’effondrement de l’économie au Liban.
Suspecté de détournement massif de fonds publics libanais et de s’être constitué un riche patrimoine immobilier et financier, l’ancien banquier franco-libanais se défend de toutes malversations.
M. Salamé, 74 ans, a été « arrêté après avoir été entendu pendant trois heures par le procureur général au sujet de soupçons de détournement de fonds de la BDL dépassant 40 millions de dollars », a indiqué à l’AFP une source judiciaire qui a requis l’anonymat.
C’est la première fois qu’il comparaît en justice depuis l’expiration de son mandat le 31 juillet 2023.
Aucun successeur ne lui a été trouvé en raison de la crise politique dans le pays, et le premier vice-gouverneur, Wassim Mansouri, est depuis chargé de combler l’intérim.
Mardi, M. Salamé s’est présenté devant le juge sans la présence de son avocat dans le cadre d’une nouvelle affaire l’incriminant, selon la source judiciaire.
La décision d’arrêter M. Salamé a été prise à l’issue de l’interrogatoire, pour une période de quatre jours tout au plus. Une procédure pénale pourrait par la suite être engagée à son encontre pour « détournement de fonds publics, falsification, abus de pouvoir et blanchiment d’argent », d’après cette source.
- « Bouc émissaire » -
L’ancien grand argentier nie toute malversation financière et affirme être un « bouc émissaire » commode pour la classe politique à laquelle il était étroitement lié.
Riad Salamé, qui détient l’un des records de longévité à la tête d’une banque centrale, avait été applaudi pour avoir été l’architecte d’une politique financière qui a permis au Liban de rebondir après 15 années de guerre civile (1975-1990).
Mais avec la descente aux enfers du pays depuis fin 2019, il a été l’un des principaux accusés de la faillite économique du Liban.
Depuis fin 2019, la livre libanaise a perdu plus de 98% de sa valeur et 44% des Libanais vivent désormais sous le seuil de pauvreté, selon un rapport de la Banque mondiale publié en mai dernier.
Alors que les épargnants n’ont plus accès à leur argent dans les banques, il a aidé des dirigeants politiques à transférer leurs capitaux vers l’étranger en octobre 2019, juste avant l’effondrement, « pour un total de neuf milliards de dollars », selon un spécialiste des marchés financiers.
M. Salamé, qui n’a pas répondu à une convocation d’un juge français en mai 2023, fait depuis l’objet d’un mandat d’arrêt international. Le Liban refuse néanmoins d’extrader ses ressortissants.
La justice allemande a de son côté annulé en juin dernier un mandat d’arrêt contre M. Salamé, sans pour autant boucler l’enquête à son encontre.
Les Etats-Unis, le Canada et le Royaume-Uni ont imposé des sanctions économiques pour corruption contre lui, Washington estimant que ses « actions corrompues et illégales ont contribué à l’effondrement de l’Etat de droit au Liban ».
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