Histoire

Il y a 250 ans, Adam Smith se méfiait déjà des capitalistes dans « La richesse des nations »

Dimanche 3 mai 2026

Publié en 1776, La richesse des nations d’Adam Smith montre le rôle de la division du travail et de l’accumulation du capital dans l’économie moderne. Mais le philosophe en pointe aussi les conséquences sociales.

Le 02 Mai 2026 6 min

Par Alexandre Reichart

Il aura fallu près d’une décennie à Adam Smith pour rédiger ce qui deviendra un des livres d’économie les plus connus, La richesse des nations. C’est en 1767, de retour en Ecosse après trois ans de voyage sur le continent européen, que le philosophe s’attelle à cette œuvre majeure.

Ayant abandonné la vie universitaire, le professeur de Glasgow a pu rencontrer, lors de son périple, les grands intellectuels de son époque, comme Voltaire et Benjamin Franklin, mais aussi François Quesnay, conseiller du roi Louis XV et chef de file des physiocrates, et Turgot, le futur contrôleur général des finances du roi Louis XVI.

L’ouvrage Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations est finalement publié à Londres, en deux volumes, le 9 mars 1776, par William Strahan et Thomas Cadell, et vendu au prix de 1 livre, 16 shillings et 2 pence. S’il travaille si lentement, c’est, justifie Smith dans une lettre à son éditeur Thomas Cadell, parce qu’il retravaille chaque phrase plusieurs fois avant d’en être satisfait.

A l’instar de son précédent livre, La théorie des sentiments moraux (1759), La richesse des nations rencontre un franc succès. L’ouvrage est rapidement traduit en français par l’abbé Blavet, le poète Roucher et le comte Germain Garnier, qui se rend coupable d’une erreur notable en traduisant self-love par « égoïsme », contribuant ainsi à développer une vision caricaturale d’un Smith promoteur de l’égoïsme à tout va…

Loin de se focaliser sur la main invisible, le livre soutient la thèse que la richesse des nations est liée à la division du travail et à l’accumulation du capital.

La division technique du travail et ses dangers

La division du travail a trois composantes : technique, sociale et internationale, mais Smith n’emploie pas lui-même ces termes. La division technique du travail a lieu au sein des manufactures : c’est un processus de spécialisation des ouvriers dans l’exécution d’une ou de quelques tâches élémentaires et répétitives. Chaque ouvrier réalise une tâche très simple, gagne en dextérité, économise le temps qui se perd ordinairement lorsque l’on passe d’une tâche à l’autre et invente parfois des mécanismes ou des machines permettant de se faciliter le travail.

Smith précise que cette division du travail peut être poussée plus loin dans l’industrie que dans l’agriculture, qu’elle augmente la productivité des entreprises et la croissance économique du pays, contribuant ainsi à une « opulence générale qui se répand jusque dans les dernières classes du peuple ».

La division technique du travail n’est cependant pas sans danger pour l’ouvrier qui, répétant les mêmes gestes toute la journée comme Charlie Chaplin dans Les temps modernes, « n’a pas lieu de développer son intelligence ni d’exercer son imagination à chercher des expédients pour écarter des difficultés qui ne se rencontrent jamais ». Le travailleur manuel plonge ainsi dans la stupidité et l’ignorance, ce qui perturbe sa vie privée comme sa vie sociale, car il est rendu incapable d’exprimer des sentiments tendres ou de comprendre les grandes affaires de son pays.

Smith propose alors de mettre en place un système d’enseignement public, l’Etat devant s’occuper de l’éducation du peuple. Lire la suite.

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